vendredi 16 janvier 2015

La nouvelle, de Thierry Ozwald

Date de parution : 1996
Genre : essai (domaine littéraire)
Nombre de pages : 191
Éditeur : Hachette Supérieur
Collection : Contours littéraires


Quatrième de couverture

Sans doute n'est-il pas de genre, dans notre littérature moderne, qui soit à la fois autant sous-estimé et aussi méconnu que celui de la nouvelle. Cette étude se veut une approche d'une notion difficile à cerner et une incitation à repenser cette forme littéraire. Elle tente, par le biais de grandes catégories du discours narratif (espace, temps, personnages. etc.), d'élaborer un concept littéraire et de proposer une analyse simple et scrupuleuse, en dégageant trois perspectives essentielles : la généalogie, la poétique et la dynamique de la nouvelle. De nombreux exemples empruntés à la littérature française et étrangère, une série de textes critiques, un index font de cet ouvrage une précieuse introduction pour des étudiants débutants comme pour des lecteurs plus avertis. 

Mon avis 

Ayant participé cette année à un concours de nouvelles, j'ai eu envie de me documenter davantage sur ce genre littéraire que j'aime particulièrement. Ce livre est un très bon choix. Complet, bien structuré, il comporte également suffisamment d'exemples et d'extraits commentés et de critiques pour bien comprendre chaque concept développé par l'auteur. 
En lisant ce livre, j'ai appris l'essentiel sur la nouvelle, de ses origines à nos jours, et bien plus encore !  
Je possède désormais quelques clés bien utiles pour analyser une nouvelle et la différencier d'un conte lorsque le genre n'est pas évident à première lecture, même si, comme l'explique l'auteur, les frontières sont parfois bien floues. 
Certains passages sont plus complexes que d'autres, mais dans l'ensemble, c'est une étude accessible à tous les amoureux de la littérature, étudiants ou non.

lundi 12 janvier 2015

Le Roi de fer (Les Rois maudits, tome 1), de Maurice Druon

Date de parution : 1955 (1973 pour la version ci-contre chez Le livre de poche)
(Plon a publié l'intégrale de la série en un seul volume en novembre 2014)
Tome 1 de la célèbre fresque historique Les Rois maudits, composée de 7 romans publiée entre 1955 et 1977
Genre : roman historique
Nombre de pages : 249 pages

Quatrième de couverture 
Le Roi de fer, premier volume du cycle, a pour figure centrale Philippe IV le Bel, roi d’une beauté légendaire qui régnait sur la France en maître absolu. Tout devait s’incliner, plier ou rompre devant l’autorité royale. Mais l’idée nationale logeait dans la tête de ce prince calme et cruel pour qui la raison d’État dominait toutes les autres.
Sous son règne, la France était grande et les Français malheureux.

Quelques informations sur Les Rois maudits
Les 7 volumes :
1. Le Roi de fer (1955)
2. La Reine étranglée (1955)
3. Les Poisons de la Couronne (1956)
4. La Loi des mâles (1957)
5. La Louve de France (1959)
6. Le Lis et le Lion (1960)
7. Quand un roi perd la France (1977)

Cette suite romanesque se compose au total de plus de 1300 pages et est un travail collaboratif, supervisé par Maurice Druon. La fresque connaît un véritable succès dès la parution des premiers volumes. En 1972, Maurice Druon, devenu académicien en 1966, participe à l'adaptation télévisée des six volumes existants des Rois maudits. France 2 a également diffusé une seconde adaptation en 2005.
Les 7 volumes ont été traduits dans plusieurs langues et ont connu un vif succès dans de nombreux pays.
Depuis quelques mois, la fresque des Rois maudits fait de nouveau beaucoup parler d'elle, entraînée dans le tourbillon du succès de la série romanesque et télévisée Le trône de fer. George R.R. Martin, l'auteur du célébrissime Trône de fer, s'est inspiré des Rois maudits de Druon pour créer le fond historique de sa saga romanesque.

Contexte historique
Tout commence avec les derniers événements de l'affaire du Temple et la malédiction qu'aurait prononcée Jacques Molay, le maître des Templiers sur le bûcher en 1314 : « Pape Clément !... Chevalier Guillaume !... Roi Philippe !... Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! » Un mois après, la prophétie semble déjà se réaliser... et ne s'arrêtera pas là. Le destin va s'acharner sur la descendance de Philippe le bel pendant plus d'un demi-siècle, et la France va entrer dans une période sombre.
Les six premiers volumes traitent de l'histoire de ces rois maudits, de Philippe IV le Bel à Charles IV le Bel, le dernier fils de Philippe IV le Bel, en passant par Louis le Hutin ou encore Charles IV. Le septième et dernier volume est un peu à part, car l'histoire des Rois maudits est terminée, et c'est la guerre de Cent Ans qui commence...

Mon avis

Ce livre était dans ma PAL depuis un moment, et je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt... car j'ai vraiment aimé ! Cela m'a donné envie de me procurer les autres volumes, et je pense opter pour l'intégrale de chez Plon. Le roman historique est un genre que j'affectionne particulièrement, mais comme vous le savez, je suis difficile (quel que soit le genre, d'ailleurs)... Pour que j'apprécie un roman historique, il faut qu'il soit bien écrit et que l'histoire captive mon attention. Il faut également que l'Histoire avec un grand H ne soit pas trop écorchée, que l'auteur évite les anachronismes et les aberrations. Ce premier tome des Rois maudits remplit tous ces critères, malgré quelques petites longueurs au milieu du roman. Tout au long du récit, le lecteur est plongé au cœur de ce début du XIVe siècle, depuis la fin des Templiers jusqu'à la mort de Philippe le Bel. Sans érudition mais d'une belle écriture, Maurice Druon nous livre une histoire (ou Histoire) passionnante. Merci Roulae pour ce très bon choix ! (Vous pouvez aller faire un tour ici pour voir l'avis de ma binôme sur le livre que j'avais choisi pour elle dans sa PAL.



dimanche 11 janvier 2015

La révolte des anges, d'Anatole France

Date de parution : 1914 (version poche parue en 2010 chez Rivages, Payot)
Genre : roman fantasy/politique
Préface de Roberto Saviano
Nombre de pages : 299


Quatrième de couverture

Anatole France a volé les couleurs de la révolte, le visage de Lucifer, à la fresque peinte par Delacroix à Paris, dans l'église Saint-Sulpice. Il y consacre du reste de nombreuses pages. Delacroix fit une scandaleuse représentation d'anges dont les visages, loin de rayonner de béatitude, se figent plutôt en d'horribles rictus méditant leur révolte. C'est précisément ce scandale, s'immisçant dans la sérénité paradisiaque, qui a donné l'idée de ce roman à Anatole France.
La Révolte des anges est un texte qui rassemble à la fois la tradition de l'angélologie scolastique, des épisodes de la Bible, des influences gnostiques, des dérivations manichéennes, des opinions classiques, des préjugés courants sur les anges et les démons.
                                                                                                   
Roberto Saviano
 
La Révolte des anges a été publié en 1914. Anatole France (1844-1926), prix Nobel en 1921, raconte la vie des anges à Paris, à la veille du premier conflit mondial.


Mon avis


Ce livre était dans ma bibliothèque depuis quelques années, et je me suis enfin décidée à le lire. Je l'avais acheté pour découvrir cet auteur du début du XXe siècle, dont le nom nous est familier, mais dont l’œuvre est un peu tombée dans l'oubli.
Dans ce roman, il est question d'anges et de démons, de lutte entre le Bien et le Mal, de religion, mais également de politique : les anges rebelles se comportent et parlent comme n'importe quels révolutionnaires. Anatole France nous livre également à travers ce texte une critique de la société
C'est avec plaisir que j'ai lu les 90 premières pages, mais j'avoue avoir eu beaucoup de mal à lire la suite et à en venir à bout. Impossible de nier la qualité d'écriture de ce roman plein d'érudition théologique et d'ironie, mais je n'ai quand même pas accroché à cette histoire farfelue d'anges déchus révolutionnaires qui complotent contre Dieu et où Lucifer devient le sauveur des hommes et du monde... La seconde raison pour laquelle je n'ai pas apprécié ce livre est que je ne possède certainement pas toutes les connaissances nécessaires pour comprendre toutes les allusions et percevoir tout l'humour qui tourne autour du christianisme et de l'angélologie. Je m'attendais à un peu plus de merveilleux, même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'un roman fantastique, ni même de fantasy comme on l'entend aujourd'hui, et je suis restée sur ma faim.
Je ne renoncerai pas pour autant à lire un autre livre d'Anatole France ultérieurement, car même si le thème de ce roman ne m'a pas vraiment plu, j'ai vraiment aimé l'écriture et le style de l'auteur, et j'aimerais connaître davantage son œuvre.
 

samedi 10 janvier 2015

Derrière la haine, de Barbara Abel

Date de parution : avril 2012 chez Fleuve Éditions, mars 2013 pour la version poche chez Pocket
Genre : thriller
Nombre de pages : 342


Quatrième de couverture 

D'un côté, il y a Tiphaine et Sylvain ; de l'autre, il y a Lætitia et David. Deux couples voisins et amis, fusionnels et solidaires, partageant le bonheur d'avoir chacun un petit garçon du même âge.
Maxime et Milo grandissent ensemble, comme des jumeaux.
Jusqu'au drame. 
Désormais, seule une haie sépare la culpabilité de la vengeance, la paranoïa de la haine...

Mon avis

Une solide amitié entre deux jeunes couples ayant un enfant du même âge vire au cauchemar après un tragique accident : l'un des deux petits garçons meurt à l'âge de six ans. 
Après le choc, c'est le deuil. Et après le deuil, ce sont la haine, les doutes, les suspicions, la paranoïa et la vengeance qui gouvernent la vie des deux familles. Qui est vraiment responsable de la mort du petit garçon ? Sa mère, ou la voisine ? Et comment les parents du petit garçon décédé pourraient supporter de voir cet autre enfant plein de vie juste à côté de chez eux, tandis que leur propre enfant n'est plus là, et ne grandira jamais ?
La souffrance anéantit également l'autre petit garçon, qui ne comprend pas très bien la situation. Une ambiance malsaine s'installe alors dans la vie quotidienne des deux couples. La mère qui a perdu son enfant devient-elle vraiment dangereuse pour le petit garçon encore en vie, comme le pense sa voisine ? Ou bien cette dernière est-elle aveuglée par la situation et devient paranoïaque, comme le lui répète son mari ? Peu après le drame, la mort continue de frapper leur entourage... Coïncidence ? Qui tire vraiment les ficelles, et pourquoi ? Qui est en danger ?

Je lis très peu de thrillers, mais j'avoue avoir passé un bon moment de lecture avec celui-ci, malgré quelques défauts (je sais, je suis très exigeante et je trouve (presque) toujours des défauts...). Ce livre m'a été offert par Anne-Sophie, ma binôme, et je la remercie pour cette découverte. 
Je m'attendais à un livre plein de suspens, mais au final, il n'y en a pas tant que ça, car malheureusement, les événements sont parfois un peu prévisibles. L'essentiel est ailleurs dans ce thriller : l'auteure a davantage travaillé sur l'ambiance générale, l’atmosphère qui devient de plus en plus oppressante au sein des deux familles. 
C'est un roman très sombre, un peu glauque parfois, voire dérangeant. Le machiavélisme et la cruauté de certains personnages sont terribles, et ça change de ce que je lis habituellement. Dans ce roman, le Mal peut gagner, et personne n'y peut rien. En fait, j'ai été déçue par la fin, qui n'est pas vraiment crédible, et vraiment horrible. L'auteur y va un peu fort, je trouve ; ce dénouement semble un peu trop tiré par les cheveux, c'est dommage. 
Mais cela ne m'a pas empêché d'aimer ce livre malgré tout, et d'apprécier les quelques petites touches d'humour placées ça et là, l'air de rien, au cœur du récit pourtant si noir. Même si parfois on devine un peu la suite, on n'est jamais sûrs de rien jusqu'à la fin, et quand on commence ce livre, on ne peut plus le lâcher ! C'est une écriture simple et fluide, qui se lit donc très vite
L'auteure a publié la suite de cette histoire en novembre 2013 dans un roman qui s'intitule « Après la fin », et je pense bien me le procurer un jour ou l'autre.

vendredi 9 janvier 2015

Sauver Noël, de Romain Sardou

Date de parution : 3 juillet 2006 chez XO Editions (2008 pour la version poche chez Pocket)
Nombre de pages : 245
Genre : conte

Quatrième de couverture

Pour sauver Noël, une gouvernante de choc et un petit garçon avisé vont faire alliance contre le Mal...
1854, à Londres. Gloria Pickwick, femme au tempérament énergique, aussi ronde que rousse, est une perle rare : gouvernante, cuisinière, préceptrice des enfants, elle tient la vaste maison de Lord Balmour d'une poigne affectueuse.
Aussi regarde-t-elle d'un oeil suspicieux leur nouveau voisin, l'étrange baron Ahriman. Mille rumeurs courent le quartier. Qui est ce baron ? Il refuse toutes les invitations, ses volets restent clos... Parfois une diligence menée par six chevaux noirs conduit des gens chez lui, des gens qu'on ne revoit jamais !
Arrive le 24 décembre. Tous les enfants, des fils de lord aux filles de lingères, se couchent en rêvant au lendemain. Mais le Père Noël ne vient pas. Aucun cadeau au pied des sapins illuminés. Une vague de tristesse submerge Londres. Une maison, et une seule, fait la fête ce jour-là, avec un tapage insolent. Les voisins étranges.
C'en est trop pour Gloria, qui prend l'affaire en main. Et Harold, un petit garçon futé, s'engage avec elle dans l'aventure, amenant des renforts insolites : des lutins, une fée, des oies douées de paroles et bien d'autres encore.
L'objectif de cette drôle de troupe : sauver Noël ! Si c'est encore possible...

Mon avis

J'avais lu d'excellentes critiques sur ce conte de Noël, et comme c'était la lecture commune du mois de décembre sur Babelio, j'en ai profité pour me le procurer et me plonger dedans juste avant Noël. C'était également l'occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas. Mais quelle déception... encore une, oui, malheureusement. 
J'ai terminé le livre mais je n'ai pas trouvé ce conte extraordinaire. Le style m'a un peu agacée. Il y a bien trop de clichés, on sait déjà plus ou moins la fin avant les 100 premières pages, tout est tellement prévisible... Et les personnages sont peu attachants, trop stéréotypés. L'histoire est sympathique mais un peu grotesque. Le Bien contre le Mal, les gentils contre les méchants, le Diable contre Dieu... je n'ai pas vraiment accroché.
Lisez plutôt les Contes de Noël de Dickens !

vendredi 19 décembre 2014

La Passion selon Juette, de Clara Dupond-Monod

Date de parution : 2007 (version livre de poche : 2009)
Nombre de pages : 176
Genre : roman historique




 
Quatrième de couverture

Juette est née en 1158 à Huy, une petite ville de l'actuelle Belgique. Cette enfant solitaire et rêveuse se marie à treize ans dans la demeure de ses riches parents. Elle est veuve cinq ans plus tard. Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Violente et lucide sur la société de son temps, elle défend la liberté de croire, mais aussi celle de vivre à sa guise. Elle n'a qu'un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre : à quelles extrémités arrivera-t-elle pour se perdre et se sauver ? Car l’Église n'aime pas les âmes fortes... De ce Moyen Âge traversé de courants mystiques et d'anges guerriers, qui voit naître les premières hérésies cathares, Clara Dupont-Monod a gardé ici une figure singulière de sainte laïque. Elle fait entendre enfin la voix de Juette l'insoumise. Peut-être l'une des premières féministes.

Mon avis

Cette histoire s'inspire de la vie réelle d'une jeune fille prénommée Juette, racontée par son ami Hugues de Floreffe dans un document qui a été retrouvé intact. Cependant, il s'agit d'une fiction basée sur des faits réels, et non pas la véritable histoire de Juette. Si on regarde bien, on peut même y déceler quelques petits anachronismes, apparemment assumés par l'auteure (d'après une interview vue sur Internet), qui ne dérangent pas vraiment la lecture, mais qui enlèvent un peu de crédibilité à l'histoire.

L'auteure a également pris quelques libertés par rapport à la véritable histoire de Juette. Certains de ses choix m'ont d'ailleurs gênée, peut-être parce que je connaissais déjà l'histoire de Juette de Huy racontée par l'historien George Dubuy dans « Dames du XIIe siècle ». 
La Juette du roman est, je pense, trop dure et sans doute loin de la véritable Juette, celle dont parle le prêtre Hugues de Floreffe. On a du mal à s'attacher à elle, je me suis plus facilement attachée à son ami Hugues, dont la voix fait écho à celle de Juette tout au long du roman.
Elle dénonce avec violence certaines pratiques de son époque, elle s'oppose au clergé, à son père qui veut la remarier après la mort de son mari. Elle n'a pas froid aux yeux, elle se bat pour aider les plus faibles (les lépreux et les femmes dans le roman), mais je ne pense pas qu'elle puisse vraiment être qualifiée de « féministe » : elle se bat pour un monde plus juste, et même si elle tient des propos « féministes » (notamment en ce qui concerne le mariage forcé des très jeunes filles), elle se bat avant tout pour elle-même. Elle veut vivre sa foi comme elle l'entend, elle ne veut pas de clergé entre elle et Dieu ; elle veut pouvoir disposer de son corps et ne plus être soumise à aucun autre mari. Ses « visions » font rapidement d'elle une jeune femme mystique dérangeante mais intouchable par l’Église (bien que cela ne soit pas tout à fait le cas dans le roman).

D'après ce que l'on sait, Juette de Huy a eu trois enfants, dont un enfant mort en bas âge, et deux fils, sur lesquels, en mère aimante et protectrice, elle a toujours veillé, même après son entrée dans l'ordre des béguines (l'ordre des veuves). La Juette de ce roman a un seul fils (après avoir mis au monde un enfant mort-né). Elle est tellement radicale dans sa haine des hommes qu'elle le renie et le déteste tout autant que son mari avant même qu'il soit né. Je n'en dis pas trop au cas où certains voudraient lire le livre, mais je trouve que la Juette de Clara Dupont-Monod est un peu trop haineuse, violente et bornée.
Il y a d'autres décalages entre le roman et l'histoire que l'on connait de la véritable Juette, que je ne citerai pas ici pour ne pas trop en dire sur l'histoire du roman.

Pour ce qui est de la qualité littéraire, Clara Dupont-Monod a une très belle écriture, élégante et pure. Cependant, le style du roman, avec ses nombreuses petites phrases cinglantes, met une certaine distance entre le lecteur et les deux personnages narrateurs (Juette et Hugues). C'est du moins mon ressenti personnel. 

En conclusion, un agréable roman, bien écrit, mais qui ne m'a pas particulièrement touchée.

dimanche 7 décembre 2014

Charlotte, de David Foenkinos

Date de parution : mai 2014
Nombre de pages : 220
Genre : roman

Quatrième de couverture

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie". Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Mon avis

Je n'avais jamais lu cet auteur car ses romans ne m'ont jamais attirée. À vrai dire, « Charlotte » ne m'attirait pas plus que les autres, mais étant donné la médiatisation du roman, et puisque je participe à un challenge « Prix littéraires », je me suis dit « pourquoi ne pas découvrir ce dont tout le monde parle, histoire de me faire ma propre opinion ». Et puis... même si les prix littéraires n'influencent jamais mes choix de lecture, un livre qui a reçu 2 prix littéraires ne peut quand même pas être mauvais. C'est du moins ce que je me suis dit en achetant « Charlotte ». 
Au début, j'ai été agréablement surprise par la forme originale du roman, une sorte de long chant écrit en vers libres. Voilà une lecture qui allait changer de ce que j'avais lu ces derniers mois. Mais ce n'est pas poétique. Et le style... si l'on peut parler de style... est agaçant à la longue. Une succession de phrases courtes, parmi lesquelles beaucoup sont inutiles. 
L'auteur va à la ligne à chaque phrase... coûte que coûte. Et il triche, même :  il va jusqu'à couper des phrases longues en deux, pour en faire deux pauvres petites phrases amputées et bancales, comme ce qui suit, par exemple :
« Elle devrait aussi remercier son pays, pense Charlotte.
  Qui, humiliée, observe la mascarade. »
Plus on avance la lecture, plus on se dit que ce style devient ridicule dans ce roman. Du moins, c’est mon avis, mais il le dit un peu lui-même, il l'a choisi par facilité :

« Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une sensation physique, une oppression.
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.
Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. » 


Pour respirer, il respire. L'écriture est saccadée, et au fil des pages, ça devient pénible à lire. Et, surtout, choisir une forme originale permet (un peu) de faire oublier au lecteur la pauvreté du fond. De plus, c'est un style vraiment pratique : on ne s'emmêle pas dans de grandes phrases et on donne l'impression d'avoir écrit un roman plus volumineux alors qu'en fait... On n'a pas écrit grand-chose. 
Forcément. 
Quand on n'écrit pas plus de douze petits mots par phrase. 
Et que chaque phrase ne fait jamais plus d'une ligne. 
Et qu'en plus on saute souvent des lignes.
Et qu'on divise un tout petit roman en huit parties.
Et que chaque partie est divisée en mini-chapitres. 
Et qu'on se répète un peu.
Forcément.
C'est pratique.
Et de loin, on dirait même de la poésie.
Forcément, ça fait bien.

Bref. Trêve de plaisanterie. Avec tout le respect que je dois à l'auteur qui a sans doute beaucoup travaillé sur un sujet qui lui tenait certainement à cœur, et au risque de me faire huer puisque visiblement ce livre suscite un engouement massif, je vais oser le dire : ce roman n'est pas bon. 
Contrairement à ce que promet la quatrième de couverture, à savoir un « portrait saisissant », j'ai trouvé ce portrait bien fade. On n'a pratiquement aucune description de la peinture de Charlotte, qui a pourtant séduit l'auteur. Pourquoi ? Parce que c'est difficile de décrire une peinture, surtout quand elle nous a marquée ? Peut-être bien. Je trouve tout cela bien dommage. 

Le style détaché, très haché, ne m'a pas permis d'apprécier les personnages, de les sentir vivre à travers le récit. Après la lecture de ce roman, je n'ai pas l'impression de connaître Charlotte ; elle n'aura malheureusement pas marqué mon esprit à travers le récit de Foenkinos... Malgré son destin horriblement tragique. C'est quand même dommage, ça aussi. 

De plus, la vie de Charlotte est sans cesse interrompue par des explications de l'auteur sur ses recherches, il raconte où il est allé et comment il a retracé la vie de Charlotte pour son roman... comme ça, sans prévenir, au beau milieu du récit. Aucun intérêt pour le roman. Cela « entrecoupe » la narration, déjà suffisamment hachée par la forme. Et ça fait un peu prétentieux, disons-le. Il aurait pu, si vraiment il y tenait, ajouter des notes sur ses recherches à la fin du livre. Mais non, il s'introduit dans la vie de Charlotte, à tout instant.

Et, pour finir, parlons du thème principal de ce roman : la Shoah. Le devoir de mémoire est important, c'est certain. Mais là, on a une impression de déjà lu, une platitude énervante sur le sujet. Du convenu.

Je me demande une fois de plus sur quels critères on attribue des prix littéraires... Il y a quand même eu des productions bien plus dignes d'un prix en 2014, non ?




 3/6 pour le challenge « Prix littéraires »
"
"