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samedi 3 juin 2017

Louise d'Epinay, de l'ombre aux Lumières, Olivier Marchal

Date de publication : mars 2017
Éditeur : Sutton
Nombre de pages : 536
Genre : roman historique

Quatrième de couverture

« A tout prendre, je m'aimerais assez comme je suis, si je n'avais souvent été malheureuse par ma faute. » À l'aube de ses trente ans, Louise d'Épinay porte un jugement désabusé sur son existence passée : sur sa vie d'épouse, sa vie de mère, sa vie d'amante, sa vie de femme enfin, plongée à corps perdu dans le Paris des Lumières. Quelle faute pourrait-elle se reprocher ? D'avoir refusé le triste rôle que lui assignait sa famille ? D'avoir lutté pour son émancipation intellectuelle ? D'avoir voulu satisfaire ses ambitions, peut-être ? C'est au contraire pour ces raisons qu'il faut l'aimer, comme l'ont aimée Rousseau, Voltaire, Diderot et tous les grands hommes qui ont vécu auprès d'elle. Par sa quête d'un bonheur personnel, par sa volonté de s'accomplir et de maîtriser son destin, Louise n'était pas de son temps. Elle est du nôtre.  


Mon avis

Je suis plutôt déçue par cette lecture, j'ai trouvé l'hisoire en elle-même intéressante, le récit est certainement bien documenté, mais l'ensemble manque de finesse, que ce soit au niveau de l'écriture ou au niveau du personnage de Louise. Certains passages auraient pu se trouver dans un roman à l'eau de rose, et ce n'est pas vraiment ma tasse de thé.
De plus, la première moitié du roman est un récit à la troisième personne, qui ne m'a pas emportée dans l'histoire de cette femme du XVIIIe siècle, je ne suis pas parvenue à aimer le personnage, qui pourtant aurait pu m'intéresser. Cette Louise manque de relief, je trouve que la psychologie des personnages n'est pas assez travaillée, ou alors c'est que je suis vraiment passée à côté...
Et la seconde moitié est pour moi encore plus décevante, c'est une sorte de réécriture plus ou moins inventée du journal de Louise, dont la "vraie" version peut par ailleurs se trouver ailleurs, donc je ne vois pas l'intérêt et c'est un peu une solution de facilité... et puis pourquoi changer brutalement l'énonciation et le genre romanesque au beau milieu du livre ? J'ai également trouvé certains passages un peu longs, des dialogues pas toujours utiles et surfaits, j'aurais aimé un peu plus de descriptions qui, peut-être m'auraient permis de mieux "entrer" dans l'univers mondain du XVIIIe siècle.
En bref, le fond est intéressant, mais je n'ai pas accroché avec la forme et le style.

samedi 30 avril 2016

La reine du découpage, d'Odile Lecouteux

Première publication : 2014
Nombre de pages : 158
Genre : récit de souvenirs/mémoires

Quatrième de couverture

Cécile, six ans, n a pas sa langue dans sa poche. Elle vit avec ses parents et sa grande soeur Fanfan dans la coopérative PLM de la commune des Larmes, en Côte d Or, un village triste dans lequel il n y a ni cimetière ni fontaine pour dire « Je ne boirai pas de ton eau ». Avec tendresse, humour, et parfois une certaine gravité, la petite fille décrit ce qu elle découvre et ce qu elle devient, de surprises en épreuves. En ayant su conserver dans ce roman autobiographique la candeur et la vivacité de ses jeunes années, l auteure nous offre un joli découpage des usages, personnes et souvenirs de son enfance, dans un style volubile d une grande finesse, terriblement attachant. 

Mon avis

Tout d'abord, je tiens à remercier les éditions de la Rémanence pour l'envoi de ce livre que j'avais envie de découvrir. C'est le second roman de l'auteure, mais je n'ai pas lu le premier, intitulé Dix jours (éditions Kirographaires). 
Il est important de noter qu'il ne s'agit pas d'un roman, mais d'une sorte de récit fragmenté, forme par ailleurs déjà annoncée dans le titre, La reine du découpage. Il n'y a donc pas vraiment d'histoire, ou plutôt pas de fil conducteur. L'auteure "découpe" et "colle" des morceaux de sa vie, des souvenirs posés dans l'ordre chrnologique comme des photos dans un album. J'avoue ne pas avoir vraiment accroché avec le style un peu abrupt, j'ai trouvé que ce récit manquait de douceur, de poésie. J'ai eu un peu de mal à m'accrocher au début, même si certains passages m'ont captivée, mais j'ai tout de même trouvé plus d'intérêt à la deuxième moitié du récit (c'est-à-dire aux alentours de la page 60) qu'à la première moitié. L'évolution de la petite fille, à travers divers apprentissages de la vie et sa confrontation avec la mort, est très bien montrée. La façon presque imperceptible dont l'auteure fait grandir la petite Cécile au fil du texte est très habile, et le ton que la narratrice emploie tout au long du récit est juste, on entend cette voix un peu double de la petite fille devenue adulte, qui voit le monde avec ses yeux d'enfant, mais toujours couverts par le regard de l'adulte qu'elle est au moment de l'écriture.

dimanche 3 janvier 2016

L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, de Haruki Murakami

Éditeur : Belfond
Date de publication : 2014
Nombre de pages : 360
Genre : roman

Quatrième de couverture

« Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. » À Nagoya, ils étaient cinq amis, inséparables. Puis Tsukuru a gagné Tokyo. Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans raison. Pendant seize ans, celui qui est devenu architecte a vécu séparé du monde. Avant de rencontrer Sara. Pour vivre cet amour, Tsukuru va entamer son pèlerinage, et confronter le passé pour comprendre ce qui a brisé le cercle.Renouant avec le réalisme onirique de ses débuts, le maître conteur de la trilogie 1Q84 tisse une fable initiatique d'une envoûtante étrangeté, à la mélancolie apaisée.


Mon avis

Habituellement, j'aime Murakami pour l'originalité de ses textes oniriques et son imaginaire particulier. J'aime me perdre dans son univers unique. Or j'avoue avoir été bien déçue par ce roman plutôt réaliste et bien loin de ce que je connaissais de l'auteur. Je me suis même souvent ennuyée dans cette histoire qui traîne un peu en longueur aux nombreuses répétitions, et je n'ai pas réussi à m'intéresser vraiment à la quête de vérité du héros. Ce n'est pas un roman inintéressant, mais trop banal à mon goût. Selon moi, Murakami a fait bien mieux. 
On reconnaît tout de même la « marque » de l'auteur (ce qui m'a donné envie de lire le livre jusqu'au bout malgré tout) à travers l'omniprésence du rêve, le caractère étrange de certains personnages, une réalité parfois trouble et poétique... mais je n'ai toutefois pas été transportée par ce roman comme je m'y attendais.
Cela ne m'empêche pas de souligner que c'est un roman bien construit, comme tous les romans de Murakami, et que la psychologie des personnages est extrêmement bien travaillée.

 

mercredi 18 novembre 2015

La terre qui penche, de Carole Martinez

Éditeur : Gallimard
Date de publication : 2015
Nombre de pages : 368
Genre : roman


Quatrième de couverture

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.


Mon avis

Un beau roman polyphonique (à deux voix pour être exacte : celle de la petite fille, Blanche, et celle de son âme qui raconte cette histoire des siècles plus tard) plein d'originalité, d'onirisme, de fantaisie, de poésie, et une écriture fine et sensible. La magie de Du domaine des Murmures est toujours là, mais le récit est moins intense, et les chansons qui jalonnent l'histoire de Blanche m'ont parfois paru de trop, mais ce n'est que mon avis personnel, j'ai pu lire que certains lecteurs avaient aimé cette poésie insérée dans le récit. Ce qui m'a surtout gênée dans cette (tout de même belle) lecture, ce sont les maintes redites : en effets, étant donné que l'histoire nous est contée à la fois par Blanche « petite fille » et Blanche « vieille âme », certains événements sont relatés deux fois, de manières différentes, sous forme de variations. Je comprends le choix de l'auteure, mais cela peut vite ennuyer le lecteur, et j'avoue que j'ai trouvé certains passages inutiles.
Ceci mis à part, je conseillerai cette lecture à d'autres personnes malgré tout, car j'ai passé un très bon moment avec ce roman. Le style est agréable, l'écriture bien maîtrisée, et Carole Martinez sait donner vie à des personnages à la fois attachants et mystérieux. Dès les premières pages, le lecteur est happé dans un univers magique très particulier, quelque part entre le rêve et la réalité, le passé et le présent, le conte merveilleux et le roman historique.

dimanche 8 novembre 2015

Mon bel orage, de Héloïse Combes

Éditeur : Éditions de la Rémanence
Date de publication : 2015
Nombre de pages : 104
Genre : roman

Présentation de l'éditeur

« Rien ne semblait devoir arriver. Rien ne semblait pouvoir exister d'autre que ce brouhaha cotonneux des couloirs, ces bousculades adolescentes chaque heure à la porte d'une salle de classe qu'on quittait, chaque heure, pour une autre salle de classe où tout serait pareil : chaque heure le bruit de troupeau qui s'engouffre puis freine, dérapages de semelles en caoutchouc doublés de grincements de chaises, et ensuite l'ennui, la voix soporifique du prof, l'ennui, la craie blanche qui crisse sur le tableau vert sombre, l'ennui, le néon qui crépite toujours un peu, une gomme qui tombe, le vol métallique d'une punaise qui traverse la pièce et bute sur la vitre, un papier qu'on froisse, un rire étouffé, l'ennui... C'est arrivé pourtant. Dans le préfabriqué de tôle qui tenait lieu de salle de dessin à l'écart des grands bâtiments. Une brèche soudain dans le cœur lourd du géant noir. »

Mon avis

J'ai été séduite par le style de l'écriture dès les premières lignes, un peu moins par cette histoire d'amour entre un professeur quinquagénaire et une jeune collégienne rebelle.
Un homme mûr se laisse entraîner sans grande résistance dans le délit et l'illégalité par une gamine de 14 ans qui le mène par le bout du nez : c'est une histoire de détournement de mineure, peu crédible soit dit en passant, qui relève plus d'une sorte d'étrange fantasme d'une adolescente en quête de liberté et d'amour, et qui ne peut que mal se terminer, on s'en doute bien dès le début.
On a vraiment du mal à aimer cette petite Lolita, et il est (pour moi en tout cas) impossible de s'attacher à cet homme étrange qui tombe amoureux d'elle et qui n'hésite pas (enfin, pas longtemps, et juste pour la forme) à prendre des risques énormes pour être avec elle. Mais on ne juge évidemment pas un livre au statut attachant ou non de ses personnages... Car en effet, ce roman comporte de nombreuses qualités littéraires. Si on laisse de côté l'intrigue qui ne m'a pas vraiment plu (mais ce n'est là qu'une sensibilité personnelle), ce livre est un véritable enchantement en ce qui concerne le style. C'est un récit à la première personne (on se place du point de vue de la jeune fille) plein de délicatesse, de sensualité et de poésie, les mots sont choisis avec soin et c'est là, à mon humble avis, tout l'intérêt de cette belle lecture. 
Je tiens à remercier les Éditions Rémanence pour cette découverte, ainsi que l'auteure elle-même, qui a eu la gentillesse de me dédicacer le livre.

 

dimanche 18 octobre 2015

Travers de route, l'humanitaire cahin-caha, de Damien Personnaz

Éditeur : Rémanence
Date de publication : 2014
Nombre de pages : 198
Genre : mémoires, témoignage

Quatrième de couverture

Des premiers voyages d’un jeune homme curieux au témoignage d’un humanitaire en proie au doute, à l’impuissance et à l’euphorie, ces huit récits relatent des instants marquants d’une vie ordinaire de terrain dans des pays bouleversés (Rwanda, Libéria, Erythrée, Angola, Kurdistan turc, Afrique du sud, Pakistan).
Si certaines anecdotes portent à sourire, les faits vécus ébranlent profondément le lecteur au fur et à mesure que tombent ses illusions ; l’auteur prévenant dès le départ que « voyager, c’est voir le monde tel qu’il est et non pas comme on voudrait qu’il soit ».
Tant dans la force des émotions qu’il véhicule et des réflexions qu’il engage, que dans l’écriture qui permet de les révéler ; Travers de routes est un livre remarquable, de ceux dont les lecteurs resteront imprégnés, irrémédiablement. 

L'auteur (présentation de l'éditeur)

Damien Personnaz est un journaliste, écrivain et géographe franco-suisse. Après des études de géographie tropicale à Bordeaux et de géopolitique à Genève, il devient journaliste dans un quotidien genevois avant de s’engager pendant plus de vingt ans auprès de la Croix-Rouge internationale et de l’UNICEF, en Afrique, en Asie et en Europe. Passionné d’îles lointaines, difficiles d’accès et peu connues, il est l’auteur de Sept oasis des mers (2008) et de Cinq petits mondes (2013). Travers de route est le  premier de ses ouvrages consacré à son expérience humanitaire.

Mon avis

Je remercie les Éditions Rémanence de m'avoir suggéré et envoyé ce livre, que j'ai lu en deux soirées seulement !  
Travers de route est un voyage au cœur de l'humanitaire dans les « pays de l’urgence silencieuse », raconté avec beaucoup de sensibilité et d'humilité. 
C'est un recueil de souvenirs divisé en huit chapitres, et chacun de ces chapitres évoque une mission dans un lieu et à une époque différents : on passe de l'Afrique du Sud en 1978 à l'Inde en 1980, puis au Pakistan, etc. 
De rencontres en rencontres, de pays en pays, l'auteur dévoile avec réalisme, simplicité et finesse, quelques souvenirs de missions effectuées dans les zones les plus pauvres et les plus dangereuses du monde, sans nous épargner la détresse et parfois l'horreur dont il a été témoin et sa propre impuissance face à certaines situations tragiques.
Des récits bien écrits, touchants, sans pathos pourtant, sans idéalisme non plus, qui invitent le lecteur à réfléchir. 
Certaines scènes sont tout de même dures, violentes et font froid dans le dos : pour cette raison, je ne conseillerais pas ce livre aux plus jeunes, ni aux personnes trop sensibles...
 

dimanche 30 août 2015

Les écorchés vifs (les rédempteurs), d'Olivier Vanderbecq

Éditeur : Amalthée
Première publication : 2014
Nombre de pages : 434
Genre : roman

Quatrième de couverture

Un élégant quadragénaire en route pour le sud de la France.
Un jeune flic alcoolique sur la sellette.
Une pauvre gamine paumée.
Une communauté de gitans.
Rien ne les prédisposait à se rencontrer.
Et pourtant...
Entre la capitale des Flandres et une petite station de Haute-Savoie, leurs routes vont se croiser, leurs destins se lier et leurs vies basculer.
Pour vivre.
Ou juste survivre !

Né en Belgique en 1973, l’auteur est un lecteur compulsif, fin cuisinier, père à l’imaginaire débordant, consommateur frénétique de musique et de cinéma, il vit à cent à l’heure sans jamais se poser et impose sa boulimie culturelle à sa tribu. En 2013, il choisit d’écrire un roman : Les Écorchés Vifs, premier volume d’une trilogie.

Mon avis


Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais juste préciser que j'ai lu ce livre dans le cadre du Livre voyageur organisé par Tic Tac Books, un groupe de lecture sur facebook géré par Aline (son blog : Du temps pour lire), dont l'auteur des Écorchés vifs fait également partie. Donc, avant toute chose : merci à eux ! Et à tous ceux qui ont participé à cet événement du Livre voyageur, j'aime beaucoup le concept.
Pour ce qui est du roman en lui-même, je vais essayer d'aller à l'essentiel car en fait il y aurait beaucoup de choses à dire, notamment sur l'action intense du roman et les personnages. 
L'auteur a un style d'écriture assez particulier, vif, cinglant, direct, l'action ne s'arrête jamais, on a sans cesse l'impression de suivre un film parfois en accéléré, d'être derrière l'objectif d'une caméra, voire même de plusieurs caméras : ça fonctionne à merveille, on ne s'ennuie pas, et on a toujours l'impression de vivre pleinement chaque scène. Certains personnages parlent crument, les dialogues sont écrits à la manière d'un script de film et « font vrai ». Rien n'est embelli. Cela peut dérouter le lecteur, certes, mais c'est encore un aspect qui permet de rapprocher le roman d'un film d'action.
Par contre, quelque chose m'a dérangée dans ce roman (mais la faute incombe à l'éditeur,  pas à l'auteur) : il reste beaucoup de coquilles en tout genre dans le texte, c'est parfois vraiment gênant. C'est dommage.  
Je voudrais également attirer l'attention sur les citations dans le roman : elles sont trop nombreuses à mon goût, notamment au début (avec le personnage de Pierre). Même si j'ai bien compris que cela faisait partie du personage, très cultivé, je trouve que la plupart de ces citations sont introduites de manière peu subtile et cassent le rythme du texte. En mettre moins mais les introduire de façon plus discrète aurait sans doute mieux servi le texte. Cela donne l'impression que l'auteur a voulu mettre en avant sa culture à travers son personnage sans grande délicatesse, même si je me doute bien que ce n'était pas son intention. 
La violence, qui s'intensifie au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire, m'a par moment dérangée. Mais ce n'est que mon ressenti personnel ; je suis entrée dans un univers ultra-violent auquel je ne m'attendais pas dès les premières pages du livre et j'ai parfois eu un peu de mal avec ça. L'auteur nous « oblige » à « voir » à travers son texte, dans lequel l'action est savamment orchestrée, toute l'horreur des scènes les plus violentes. Sang, blessés et morts partout, notamment dans la dernière partie. Et pourtant... Malgré cette violence inouïe, prise dans le feu de l'action et embarquée par cette histoire palpitante, je me suis malgré tout accrochée à cette lecture, avide de connaître les derniers événements et le dénouement de cette folle histoire.
À première vue, les personnages, ces « écorchés vifs », ces tueurs, ces rejetés de la société, ne sont pas particulièrement attachants, mais on a pourtant toujours envie d'en savoir plus, de savoir jusqu'où les événements vont les mener, jusqu'où ils vont aller. L'histoire est racontée de différents points de vue, et les informations et ressentis varient en fonction des personnages, et cette construction-là est très intéressante. Elle contribue à l'effet de « roman-film » qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.
Le personnage de Pierre fait peur, il est froid, méticuleux, sûr de lui, dangereux, il n'a rien à perdre et peur de rien. Il devient (heureusement) de plus en plus nuancé et subtil au fil de l'histoire, un peu comme si l'auteur lui-même avait « découvert » toutes les facettes de ce personnage au cours du processus d'écriture, ce qui fait que l'on finit quand même par s'intéresser un peu au sort de ce personnage à priori détestable par le danger qu'il représente (même s'il n'est pas totalement un monstre, puisqu'il est loyal et s'engage à sortir la jeune Alicia de son milieu violent et se comporte avec elle comme un père protecteur). En fait, c'est un personnage si ambigu qu'il dérange, inquiète, et intrigue tout à la fois.
J'ai eu plus de mal avec la première partie du roman qu'avec le reste, qui comporte quelques longueurs, et sans doute à cause de ce personnage omniprésent un peu trop « brut de décoffrage » et inquiétant, et des citations qui ponctuent le texte (comme dit plus haut), mais dès la seconde partie, tout s'emballe, les personnages se multiplient, on fait la connaissance d'une communauté de gitans, les événements s'enchaînent et chaque personnage joue bien son rôle. moi qui ne suis pas une grande adepte du genre, je ne peux toutefois pas nier avoir été happée par cette histoire : c'est une lecture addictive, dès qu'on l'a commencé, il FAUT qu'on continue, il faut qu'on sache comment tout cela va finir.
Pour conclure, je dirais que c'est un roman remarquablement bien construit, très cinématographique, original, et, malgré ses petits défauts, très prometteur... mais trop violent pour moi.

mardi 25 août 2015

Babyji, d'Abha Dawesar

Éditeur : 10/18 (2008)
Première publication : 2007
Titre original (anglais) : Babyji 
Traduit de l'anglais (Inde) par Isabelle Reinharez
Nombre de pages : 473
Genre : roman


Quatrième de couverture

Dans une Inde encore déchirée par la violence des castes et les sanglantes manifestations contre le gouvernement, Babyji, une petite Lolita indienne de Delhi, conjugue la passion du savoir et le plaisir des sens. Entourée de trois femmes que tout oppose, elle cherche sa voie, tiraillée entre un avenir incertain et un passé étouffant. Au travers du jeu des possibles, Abha Dawesar offre, avec ce roman initiatique délicieusement subversif, un voyage sensible au coeur de l'Inde moderne.

« Sur un sujet éculé, Dawesar opte pour une voie de traverse, faisant de son héroïne une Lolita à l'envers. Avec sa charmante crudité qui en ferait une sorte de Houellebecq des jeunes filles en fleurs. »

Françoise-Marie Santucci, Libération


Mon avis

Babyji est une belle traversée de l'Inde moderne, vue par une adolescente peu ordinaire. Anamika, 16 ans, est une lycéeene indienne très douée, issue d'une caste élevée, qui ne rêve que d'une chose : accéder au monde adulte. Ce roman raconte ses premières amours, multiples, peu conventionnelles et secrètes ; ses rêves, sa vie de lycéenne et celle de sa famille à Delhi. Mais ce n'est pas seulement un livre sur les relations amoureuses homosexuelles d'une adolescente, c'est aussi une (petite) réflexion sur la société de l'Inde moderne, le système des castes, la jeunesse actuelle dans un pays transformé mais encore très conservateur, la condition de la femme en Inde, la famille, le système scolaire et universitaire du pays. L'écriture est simple mais pas désagréable : c'est un roman qui se lit assez vite et est à la portée de tous, y compris les « grands » adolescents (à partir de 16-17 ans). 
J'ai aimé cette histoire et j'ai trouvé qu'elle était intéressante d'un point de vue culturel, même si le personnage d'Anamika m'a parfois exaspérée tant elle se montre possessive envers les autres (notamment ses « amantes » comme elle les appelle), prétentieuse, manipulatrice, un peu trop sûre d'elle-même. J'ai tout de même passé un bon moment de lecture, l'un n'empêche pas l'autre.
 

lundi 20 juillet 2015

Garçon manqué, de Nina Bouraoui


Éditeur : Le livre de poche (2002)
Première publication : 2000
Nombre de pages : 188
Genre : roman

Quatrième de couverture

« Je deviens Brio. Etre la première en tout. Etre un garçon avec la grâce d’une fille. Brio pour toute l’Algérie. Brio contre toute la France. Brio contre mon corps qui me fait de la peine. Brio contre la femme qui dit : Quelle jolie petite fille. Tu t’appelles comment ? Ahmed. Sa surprise. Mon défi. Sa gêne. Ma victoire.
Je fais honte au monde entier. Je salis l’enfance. C’est un jeu pervers. C’est un jeu d’enfant. Non, je ne veux pas me marier. Non, je ne laisserai pas mes cheveux longs. Non, je ne marcherai pas comme une fille. Non, je ne suis pas française. »


Mon avis

Récit d'une enfance toujours entre-deux, ce court roman autobiographique pose la question de l'identité des enfants métisses. Nina Bouraoui est de mère bretonne et de père algérois. Elle a grandi entre deux cultures, entre deux pays. Comment se construire une identité dans cette dualité permanente ? Dans le mépris et l'incompréhension qui l'entoure en-dehors du cercle familial ? C'est même une double crise d'identité que raconte l'auteure : Algérienne ou Française ? Fille ou garçon ? Elle raconte ses souffrances, elle raconte l'Algérie des années 1970, son amitié à Alger avec Amine, l'amour qui l'unit à sa sœur, les longues absences de son père, la force de la mère, le racisme en Algérie, le racisme en France, ce sentiment de n'avoir aucune véritable nationalité. Pas vraiment Française, pas vraiment Algérienne, jamais à sa place. Elle raconte son refus de la conformité, son refus de la féminité, puis la réconciliation, enfin. 
Le roman se divise en trois parties, trois espaces, trois villes : d'abord Alger, puis Rennes, pour finir à Tripoli, là où elle se réconciliera enfin avec elle-même. Un roman court qui en dit long pourtant, dans un style piquant, un texte uniquement constitué de phrases courtes, voire très courtes, cinglantes, parfois violentes, qui se répète souvent, qui multiplie les anaphores pour donner encore plus de force à ce qu'il raconte, comme une longue litanie qui laissera une marque indélébile dans l'esprit du lecteur.
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