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mardi 7 avril 2015

La fortune des Rougon, d'Émile Zola

Éditeur : Gallimard ; collection folio classique (d'autres éditions sont également disponibles)
Première publication :1871 (écrit en 1869)
Nombre de pages : 480
Premier volume de la série romanesque des Rougon-Macquart, qui en compte 20 au total.

Quatrième de couverture
À ce moment, le gendarme Rengarde écarta brusquement la foule des curieux. Dès qu'il avait appris que la troupe revenait avec plusieurs centaines d'insurgés, il s'était levé. Dehors, sa blessure se rouvrit, le bandeau qui cachait son orbite vide se tacha de sang. Sa tête pâle enveloppée d'un linge ensanglanté, il courut regarder chaque prisonnier au visage, longuement. Et, tout d'un coup :
"Ah! le bandit, je le tiens!" cria-t-il.
Il venait de mettre la main sur l'épaule de Silvère. Rengade se tourna vers l'officier, qui n'avait pu trouver parmi les soldats les hommes nécessaires à une exécution.
"Ce gredin m'a crevé l’œil, lui dit-il en montrant Silvère. Donnez-le moi... Ce sera autant de fait pour vous."

Mon avis

J'ai toujours aimé Zola, et j'ai décidé cette année de me lancer dans la grande aventure : j'ai prévu de lire (ou relire pour certains volumes) toute la fresque sociale des Rougon-Macquart, dans l'ordre chronologique. J'ai déjà lu Nana, Germinal, Au bonheur des dames et La Bête humaine, mais c'était il y a fort longtemps ; ce sera donc avec grand plaisir que je les ressortirai de ma bibliothèque pour redécouvrir ces œuvres en temps voulu.
Je viens donc de terminer le premier volume, pilier de cette fresque monumentale. Certes, ce n'est peut-être pas le roman le plus populaire de Zola, mais il est essentiel puisqu'il s'agit de la genèse des Rougon-Macquart. Malgré l'aspect politique de ce roman (que j'ai trouvé au final très instructif), j'ai tout de même très vite été prise par l'histoire, qui se déroule dans la ville fictive de Plassans, quelque part en Provence, au lendemain du coup d'État d'où naîtra le Second Empire.
Cette ville vit encore comme au Moyen Âge en plein XIXe siècle, coupée du monde, et s'enferme à double tour entre ses remparts chaque nuit.
C'est là que naît la famille des Rougon-Macquart, avec pour parent commun Adélaïde Fouque, la mère de Pierre Rougon, l'un des personnages principaux de ce volume, mais aussi celle d'Antoine et d'Ursule Macquart, enfants « bâtards » qu'elle a eu avec Macquart après la mort de son mari, Rougon. Adélaïde est la grand-mère d'Eugène, de Pascal, d'Aristide, de Sidonie et de Marthe (les enfants du couple Pierre Rougon et Félicité Puech (cette femme est un personnage extraordinaire, soi dit-en passant !)), mais également de Silvère, fils d'Ursule et du chapelier Mouret. Nous rencontrerons tous ces personnages plus tard, dans les 19 romans suivants. 
Jalousie, complots, cupidité, vengeance, trahison, violence, fourberie et surtout quête du pouvoir et de l'argent... on ne s'ennuie jamais avec cette famille. Dans toute cette noirceur, heureusement quelques personnages viennent éclairer le tableau : les jeunes amoureux Silvère et Miette d'abord, mais aussi le Docteur Pascal, qu'on aperçoit seulement de temps en temps, et puis la vieille Adélaïde, qui, malgré ses défauts, n'est pas mauvaise et m'a particulièrement touchée.
J'ai adoré certains passages, notamment les moments d'intime innocence entre Silvère et Miette, la beauté de l'écriture de Zola qui nous parle de ces instants de pur bonheur au cœur de la campagne provençale, décrite avec tant de subtilité et de précision... Ces passages sont tout simplement sublimes.
J'ai hâte de lire le volume suivant, La Curée !

mercredi 28 janvier 2015

Pour une nuit d'amour, d'Émile Zola (suivi de l'inondation)


2 nouvelles de Zola publiées en 1882 dans le recueil Le Capitaine Burle, parmi d'autres nouvelles
Éditeur : Gallimard, collection folio
Nombre de pages : 107


Quatrième de couverture

Chaque jour, Julien joue de la flûte pour la belle Thérèse de Marsanne qu'il aperçoit de sa fenêtre. Or la jeune fille ne le regarde pas et l'ignore malgré ses sérénades quotidiennes... jusqu'au soir où elle l'invite à le rejoindre dans sa chambre. Julien se précipite, mais est-il vraiment prêt à tout pour une nuit d'amour ?


Mon avis

J'aime beaucoup Zola, mais je ne connaissais pas encore ses nouvelles. Ce petit livre très abordable (2 euros) m'a permis d'en découvrir deux d'entre elles, et malgré le caractère dramatique de ces récits, je les ai dévorées.
Zola a publié le recueil de nouvelles Le Capitaine Burle en 1882, quasiment en même temps que Nana, le neuvième volume de sa suite romanesque Les Rougon-Macquart (qui en comptera 20 au total).
 
La première nouvelle, Pour une nuit d'amour, raconte l'histoire de Julien, un jeune homme sans charme et simple qui tente de séduire une jeune marquise du nom de Thérèse Marsanne, femme fatale, angélique et pure en apparence, mais qui se révèle démoniaque, manipulatrice et sans cœur. 
On retrouve tous les éléments du naturalisme dans cette histoire courte, notamment la noirceur de la nature humaine et le caractère héréditaire de certaines tares familiales : « Les Marsanne avaient ainsi, dans leur histoire, tout un filon tragique ; des membres naissaient avec un mal étrange, de loin en loin, au milieu de la descendance d'une dignité hautaine ; et ce mal était comme un coup de folie, une perversion des sentiments, une écume mauvaise qui semblait pour un temps épurer la famille. » (page 39)
On découvre le monstre qui se cache dans la peu de la belle Thérèse au fur et à mesure que le récit progresse, on sait que tout cela va mal finir même si on ne sait pas encore comment, et on est pris de pitié pour ce pauvre bougre de Julien, tellement rêveur, aveuglé et intrigué par la beauté de la jeune fille... un récit captivant du début à la fin, avec en prime, bien sûr, la beauté et la finesse de l'écriture de Zola.

La seconde nouvelle, L'inondation, commence comme un beau conte de fée... qui se termine en véritable cauchemar digne d'un film catastrophe. Étant donné le titre, L'inondation, et connaissant Zola, on sait que cela ne peut pas bien se terminer, et on est vite emporté par cette histoire comme dans un terrible tourbillon. La tragédie de cette inondation est si bien contée qu'on s'y croirait presque. Cette nouvelle est elle aussi d'une noirceur effroyable, mais cette fois, le monstre destructeur n'est pas humain, et l'impuissance des hommes face au déchaînement de la nature et à une mort certaine est dépeinte ici avec un réalisme terrifiant.

En conclusion, ces nouvelles de Zola m'ont non seulement donné envie d'en découvrir d'autres, mais également de me lancer dans la lecture (ou relecture pour certains tomes) des Rougon-Macquart dans son intégralité et dans l'ordre chronologique... je risque donc de parler bien souvent de Zola sur ce blog !


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