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dimanche 28 février 2016

Crime et châtiment, de Fedor Dostoïevski

Première publication : 1866
Nombre de pages : 728
Genre : roman

Présentation de l'éditeur (folio)

Seul l'être capable d'indépendance spirituelle est digne des grandes entreprises. Tel Napoléon qui n'hésita pas à ouvrir le feu sur une foule désarmée, Raskolnikov, qui admire le grand homme, se place au-dessus du commun des mortels. Les considérations théoriques qui le poussent à tuer une vieille usurière cohabitent en s'opposant dans l'esprit du héros et constituent l'essence même du roman. Pour Raskolnikov, le crime qu'il va commettre n'est que justice envers les hommes en général et les pauvres qui se sont fait abusés en particulier. « Nous acceptons d'être criminels pour que la terre se couvre enfin d'innocents », écrira Albert Camus. Mais cet idéal d'humanité s'accorde mal avec la conscience de supériorité qui anime le héros, en qualité de « surhomme », il se situe au-delà du bien et du mal. Fomenté avec un sang-froid mêlé de mysticisme, le meurtre tourne pourtant à l'échec. Le maigre butin ne peut satisfaire son idéal de justice, tandis que le crime loin de l'élever de la masse, l'abaisse parmi les hommes.


Mon avis

Il est un peu tôt pour déjà annoncer LE coup de cœur 2016 (il y en aura sans doute d'autres), mais cela faisait longtemps qu'aucun livre ne m'avait autant passionnée ! Crime et châtiment est l'un de ces romans tellement connus et commentés qu'on a l'impression de les avoir déjà lus sans ne jamais les avoir ouverts... Mais je ne regrette pas de m'être enfin laissée réellement emporter dans ce  gigantesque chef d’œuvre de la littérature russe du XIXe siècle ! C'est une lecture captivante, qui, dès les premières pages, invite le lecteur au cœur d'une intrigue bien ficelée, quelque part entre ce qu'on appelle aujourd'hui le thriller psychologique, le roman social, le réalisme et le policier. Cette histoire est sombre, tortueuse, parfois malsaine. On entre quasiment dans la tête du meurtrier, on découvre une multitude de personnages complexes, incroyablement humains (les personnages masculins surtout, les femmes restent plutôt en retrait dans l'histoire et sont assez stéréotypées, mais rien de surprenant pour un roman du XIXe siècle). Meurtre, folie, misère, alcoolisme, déchéance, angoisse permanente... Il règne une atmosphère tragique, tendue, presque saturée, intrigante, voire mystérieuse, si bien qu'au bout d'un moment on ne sait plus vraiment qui est fou et qui ne l'est pas, où s'arrête et où commence la folie, qui est coupable de quoi (tout dépend de quel « crime » on parle), qui est à blâmer le plus, ni qui est le plus misérable de tous. Et l'envie de savoir, de connaître la suite, la fin de cette histoire, ne nous lâche pas du début à la fin.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Thélème pour cette merveilleuse découverte via Masse Critique ! Je précise que j'ai reçu Crime et châtiment via Masse critique sous forme de livre audio, et que la lecture du roman par Pierre-François Garel est vraiment vivante, très agréable à écouter. J'ai essentiellement « lu » ce livre en l'écoutant dans ma voiture, lors de mes trajets quotidiens, mais c'était à chaque fois une déception d'arriver à destination et de devoir par conséquent mettre ma lecture sur pause jusqu'au prochain trajet : je n'ai donc pas résisté à continuer ou terminer certains chapitres en rentrant chez moi en me plongeant dans mon vieil exemplaire papier de chez Folio classique (que je n'avais d'ailleurs encore jamais lu) !

samedi 13 juin 2015

La confession de Claude, d'Émile Zola

Éditeur : Le livre de Poche (collection Les Classiques de Poche), édition avec dossier, notes et introduction de François-Marie Mourad
Première publication :1865
Nombre de pages : 312
Genre :  roman

Quatrième de couverture

« Cette histoire est nue et vraie jusqu’à la crudité. Les délicats se révolteront. Je n’ai pas pensé devoir retrancher une ligne, certain que ces pages sont l’expression complète d’un cœur dans lequel il y a plus de lumière que d’ombre. Elles ont été écrites par un enfant nerveux et aimant qui s’est donné entier, avec les frissons de sa chair et les élans de son âme Elles sont la manifestation maladive d’un tempérament particulier qui a l’âpre besoin du réel et les espérances menteuses et douces du rêve. Tout le livre est là, dans la lutte entre le songe et la réalité ». C’est en ces termes que le jeune Émile Zola, inconnu du grand public, présente son premier roman, La Confession de Claude, en 1865. Longuement méditée, loin des idées reçues sur le naturalisme, cette œuvre singulière et fiévreuse incite à découvrir un autre Zola, que le succès des Rougon-Macquart ne doit pas occulter.

Mon avis

Cela faisait quelques mois que j'avais envie de découvrir le premier roman de Zola et je ne suis pas déçue. Certes, ce n'est peut-être pas le meilleur de Zola, mais c'est le roman des origines, paru peu de temps après les Contes à Ninon (un an environ), une œuvre de jeunesse d'inspiration autobiographique qui n'est pas sans intérêt. 
J'ai d'abord été surprise par la forme épistolaire du roman (et par conséquent de l'utilisation du « je » tout au long du récit), plutôt inattendue chez Zola, et devenue rare au XIXe siècle. Mais on comprend très vite la nécessité de cette forme, puisqu'en réalité, le personnage de Claude, bien que fictif, est apparenté à Zola lui-même, et que les lettres qui constituent le récit, écrites par Claude à ses « frères », se réfèrent à une correspondance réelle entre Zola et ses deux amis à qui ce roman est dédié (P. Cézanne et J.-B. Baille).
Même si La confession de Claude n'a pas l'envergure d'un roman de la série des Rougon-Macquart, l'écriture est tout aussi belle ; une poésie bien à lui envahit malgré tout le pessimisme qui se dégage du texte, et on y trouve déjà la passion du futur maître du naturalisme pour la psychologie de ses personnages et son attirance vers les aspects les plus sombres de la condition humaine. À travers ce texte et le personnage de Claude se profile un jeune Zola idéaliste, plutôt naïf, que l'on ne soupçonne pas tant dans les œuvres postérieures.
Ce roman n'avait pas été réédité depuis des années, et cette édition avec dossier, enrichie de notes utiles et d'une introduction très intéressante, est bien pensée.

mercredi 27 mai 2015

Le Lys dans la vallée, d'Honoré de Balzac

Éditeur : Folio (mais il en existe évidemment beaucoup d'autres)
Première publication :1836
Nombre de pages : 448
Genre :  roman

Quatrième de couverture

Comme autrefois vous allez me rendre à la santé, Félix, et ma vallée me sera bienfaisante. Ils croient que ma plus vive douleur est la soif. Oh ! oui, j'ai bien soif, mon ami. L'eau de l'Indre me fait bien mal à voir, mais mon cœur éprouve une plus ardente soif. J'avais soif de toi, me dit-elle d'une voix plus étouffée en me prenant les mains dans ses mains brûlantes et m'attirant à elle pour me jeter ces paroles à l'oreille : mon agonie a été de ne pas te voir. « La bataille inconnue qui se livre, dans une vallée de l'Indre, entre Mme de Mortsauf et la passion, est peut-être aussi grande que la plus grande des batailles connues. » (Balzac).

Mon avis

Dans l’œuvre de Balzac, Le Lys dans la vallée fait partie des Études des mœurs de la Comédie humaine. Balzac voulait « refaire » le roman de Sainte-Beuve, intitulé Volupté, qu'il jugeait mauvais. Le Lys dans la vallée serait donc une réplique améliorée de Volupté. Cependant, il est important de noter que Le Lys n'est pas un simple roman d'amour. C'est un récit en partie autobiographique qui parle certes de l'amour (platonique) entre un jeune homme et une femme mariée, d'une éducation sentimentale qui fait écho au roman de Flaubert, mais aussi des relations mère-enfant et entre époux, du désir féminin, de politique (on est en pleine Restauration, et Félix joue un rôle important auprès de Louis XVIII dans la seconde moitié du roman), de religion, de maladie et de nature. 
C'est un roman sur la fragilité des êtres. Fragilité physique d'abord : les enfants de Mme de Mortsauf sont des petits miraculés, Félix lui-même est de santé fragile et paraît beaucoup plus jeune que son âge, M. de Morstauf est moralement et physiquement faible, il tombe malade et est toujours souffrant, puis vient le tour de Mme de Mortsauf ; et fragilité psychique ensuite : Mme de Mortsauf et Félix souffrent de leur enfance malheureuse et cherchent tous deux (chacun à sa façon) à combler leur manque d'amour maternel, M. de Mortsauf est en proie à de nombreuses crises et sautes d'humeur, etc.
Au-delà de sa volonté de défier et surpasser Sainte-Beuve, écrire Le Lys avait pour Balzac un double enjeu : parler de son enfance et de son amour de jeunesse pour une femme mariée et plus âgée que lui, et traiter de ce qu'il appelait « la grande question du paysage en littérature ». Dans Le Lys dans la vallée, Balzac décrit avec beaucoup de poésie les paysages de la Touraine, région si chère à son cœur. Sous la plume de Balzac, la vallée de l'Indre devient un lieu paradisiaque. C'est un des charmes les plus plaisants de ce roman (à mon humble avis).
Entre romantisme et réalisme, ce roman est « un roman par lettres » : à la demande de sa fiancée, le jeune homme raconte dans une longue lettre son amour passé pour Mme de Mortsauf, puis sa relation avec lady Dudley, une femme beaucoup moins vertueuse et parfaite que la première...
Bien évidemment, on sait depuis le début qu'on nage en plein romantisme, et que toute cette histoire ne peut pas bien se terminer...
Je n'ai pas lu tout Balzac, loin de là, celui-là n'est pas mon préféré (trop de longueurs à mon goût), mais c'est tout de même un beau roman, un classique à découvrir ou à redécouvrir. Je pourrais en parler encore des heures, il y a tellement à dire sur ce roman, mais le but ici n'est pas de disserter sur Le Lys dans la vallée, alors je n'en dirai pas plus !

 

lundi 25 mai 2015

Aventures de Huckleberry Finn, de Mark Twain

Éditeur : Éditions Tristram (2013) pour la nouvelle traduction de Bernard Hœpffner / Éditions Penguin (entre autres) pour la version originale

Titre original : Adventures of Huckleberry Finn (anglais américain)

Première publication :1884
 
Nombre de pages : 435 en français (traduction et édition citée plus haute) / 326 pages en anglais (chez Penguin)


Quatrième de couverture (version française, édition mentionnée ci-dessus)

Huck Finn, le camarade vagabond de Tom Sawyer, est retenu prisonnier par son père ivrogne dans une cabane au fond des bois. Il s’échappe, se réfugie sur l’île Jackson, où il retrouve Jim, l’esclave en fuite de miss Watson. Avides d’aventures et de liberté, tous deux commencent à descendre le Mississippi sur un radeau. Mais à chaque étape du voyage, toutes sortes d’événements surviennent qui obligeront Huck à prendre de graves décisions... Sa découverte, en Jim, d’un être humain semblable à lui marque une date dans l’éveil de la conscience anti-raciste aux États-Unis.

Mark Twain (1835-1910) est l’un des auteurs les plus importants de toute la littérature américaine. Pionnier d’une écriture « spontanée », il a introduit le langage parlé dans l’écrit. Comme l’a dit Ernest Hemingway : « Avant, il n’y avait rien. Depuis, on n’a rien fait d’aussi bien. » 

Son chef-d’œuvre, Aventures de Huckleberry Finn, a été classé par le magazine Time (au terme d’une enquête menée auprès de 125 auteurs anglo-saxons contemporains) parmi les « cinq plus grands romans de l’histoire ». Le plus souvent disponible dans des adaptations, tronquées, indifférentes à sa qualité d’œuvre littéraire, Huckleberry Finn n’avait jamais bénéficié en français d’une traduction qui rende justice à la saveur et à l’énergie incomparables du texte original. La version intégrale — augmentée de deux longs passages inédits — qu'en offre Bernard Hoepffner procurera à toutes les générations de lecteurs le sentiment d'un livre neuf, jamais lu sous cette forme.


Mon avis

Enfin une traduction intégrale et de qualité des Aventures de Huckleberry Finn : les lecteurs francophones vont enfin pouvoir « entendre » la véritable voix du jeune Huck ! Les traductions précédentes étaient souvent incomplètes, et surtout peu fidèles au texte original. Personnellement, ça me gêne beaucoup. D'accord, une traduction reste une « version » d'un texte, mais c'est quand même important d'y retrouver l'âme et la saveur du texte original... Pour vous en rendre compte, il vous suffit de chercher sur Internet une version PDF du roman en français : vous tomberez certainement sur celle de William Little Hughes, qui n'a strictement rien à voir avec le texte de Mark Twain (l'écriture spontanée de l'auteur a complètement disparu !) 
Bernard Hoepffner a fait un travail remarquable, d'autant plus que traduire ce roman n'est pas une tâche facile, notamment à cause du style oral de l'écriture employé par Twain dans ce roman. 
Ma curiosité de traductrice m'a poussée à faire une double lecture de ce roman : dans un premier temps, j'ai lu le livre dans sa version originale (en anglais, donc), puis comparé avec la version en français de Bernard Hoepffner, chapitre par chapitre. Je me suis même amusée à traduire certains passages en français avant de comparer mon travail avec celui de Bernard Hoepffner : un exercice très instructif ! Autre prouesse du traducteur : il a trouvé une façon habile de transcrire des dialectes qui n'ont pas d'équivalent en français et a su prendre certaines libertés quand cela s'avérait nécessaire (en inventant notamment des néologismes), ce qui rend la traduction beaucoup plus fidèle au texte original (on n'oublie jamais qu'il s'agit d'un récit rapporté par un enfant illettré !)

Bref... Parlons maintenant du livre en lui-même, et non plus de cette nouvelle traduction. Contrairement aux Aventures de Tom Sawyer, écrit quelques années plus tôt, Huckleberry Finn n'est pas typiquement un livre pour enfants. Bien qu'on y retrouve le personnage de Tom Sawyer et que Huck reste étroitement lié à Tom pour les lecteurs de Tom Sawyer, Huckleberry Finn s'adresse plutôt à des adolescents et des adultes. Certaines scènes sont tout de même assez dures ou effrayantes pour des enfants (la violence et l'alcoolisme du père de Huck, le tonneau qui hante le fleuve, etc.), le vocabulaire fluvial peut parfois les gêner pour la compréhension de certains passages. De plus, je pense que certaines longueurs dans le texte risquent de décourager les plus jeunes : il ne s'agit pas d'un roman picaresque où le héros enchaîne les aventures. 
Il y a un fil conducteur « physique » (le Mississippi), et un fil conducteur « moral », un but (libérer Jim de l'esclavage, et, pour Huck, trouver sa propre liberté). Huck est un enfant attachant, même si c'est un véritable petit anarchiste : il ne supporte pas la société dans laquelle il vit et refuse de s'y intégrer. Pourtant, sous ses airs de petit vagabond indomptable, il sait faire le bien autour de lui, et n'approuve pas les mauvaises actions de ses compagnons de route (deux escrocs sans scrupules). Il est juste, et se fie à ses instincts. Il est futé mais il ne sait pas vraiment mentir et éprouve parfois des remords lorsqu'il ment par nécessité, il s'emmêle souvent les pinceaux dans ses propres mensonges. Il est l'incarnation même de la liberté, grand thème de ce roman : même lorsqu'il pourrait se laisser adopter, il refuse, il ne supporte pas la société « civilisée » et ne tient jamais en place. Ce n'est pas un profiteur, et il se contente de peu pourvu qu'il soit libre. Même quand on a terminé le roman, on l'imagine très bien parcourant l'Amérique toute sa vie...

Ce qui est important de noter à propos de ce roman, c'est qu'il a bouleversé la littérature américaine : c'était la première fois qu'on lisait un roman écrit sous cette forme « orale », la première fois que quelqu'un écrivait en faisant parler les noirs... comme des noirs. Mark Twain ne connaissait sans doute pas grand-chose d'eux, mais il savait les écouter parler et c'est ainsi qu'il a retranscrit leur façon de parler dans son roman : Jim, et les autres noirs du roman, parlent comme Twain les entendait parler. Cela peut paraître banal aujourd'hui, mais c'était une première à l'époque de Twain : il a révolutionné l'écriture et la littérature américaine, ce qui ne lui a pas attiré que des éloges, évidemment. (Remarque : cette « écriture spontanée » n'apparaîtra en France qu'au XXe siècle , avec Queneau et Céline...)

En conclusion : un roman unique, et un incroyable voyage sur le Mississippi, au cœur de l'Amérique du XIXe siècle en compagnie de personnages inoubliables.





mardi 7 avril 2015

La fortune des Rougon, d'Émile Zola

Éditeur : Gallimard ; collection folio classique (d'autres éditions sont également disponibles)
Première publication :1871 (écrit en 1869)
Nombre de pages : 480
Premier volume de la série romanesque des Rougon-Macquart, qui en compte 20 au total.

Quatrième de couverture
À ce moment, le gendarme Rengarde écarta brusquement la foule des curieux. Dès qu'il avait appris que la troupe revenait avec plusieurs centaines d'insurgés, il s'était levé. Dehors, sa blessure se rouvrit, le bandeau qui cachait son orbite vide se tacha de sang. Sa tête pâle enveloppée d'un linge ensanglanté, il courut regarder chaque prisonnier au visage, longuement. Et, tout d'un coup :
"Ah! le bandit, je le tiens!" cria-t-il.
Il venait de mettre la main sur l'épaule de Silvère. Rengade se tourna vers l'officier, qui n'avait pu trouver parmi les soldats les hommes nécessaires à une exécution.
"Ce gredin m'a crevé l’œil, lui dit-il en montrant Silvère. Donnez-le moi... Ce sera autant de fait pour vous."

Mon avis

J'ai toujours aimé Zola, et j'ai décidé cette année de me lancer dans la grande aventure : j'ai prévu de lire (ou relire pour certains volumes) toute la fresque sociale des Rougon-Macquart, dans l'ordre chronologique. J'ai déjà lu Nana, Germinal, Au bonheur des dames et La Bête humaine, mais c'était il y a fort longtemps ; ce sera donc avec grand plaisir que je les ressortirai de ma bibliothèque pour redécouvrir ces œuvres en temps voulu.
Je viens donc de terminer le premier volume, pilier de cette fresque monumentale. Certes, ce n'est peut-être pas le roman le plus populaire de Zola, mais il est essentiel puisqu'il s'agit de la genèse des Rougon-Macquart. Malgré l'aspect politique de ce roman (que j'ai trouvé au final très instructif), j'ai tout de même très vite été prise par l'histoire, qui se déroule dans la ville fictive de Plassans, quelque part en Provence, au lendemain du coup d'État d'où naîtra le Second Empire.
Cette ville vit encore comme au Moyen Âge en plein XIXe siècle, coupée du monde, et s'enferme à double tour entre ses remparts chaque nuit.
C'est là que naît la famille des Rougon-Macquart, avec pour parent commun Adélaïde Fouque, la mère de Pierre Rougon, l'un des personnages principaux de ce volume, mais aussi celle d'Antoine et d'Ursule Macquart, enfants « bâtards » qu'elle a eu avec Macquart après la mort de son mari, Rougon. Adélaïde est la grand-mère d'Eugène, de Pascal, d'Aristide, de Sidonie et de Marthe (les enfants du couple Pierre Rougon et Félicité Puech (cette femme est un personnage extraordinaire, soi dit-en passant !)), mais également de Silvère, fils d'Ursule et du chapelier Mouret. Nous rencontrerons tous ces personnages plus tard, dans les 19 romans suivants. 
Jalousie, complots, cupidité, vengeance, trahison, violence, fourberie et surtout quête du pouvoir et de l'argent... on ne s'ennuie jamais avec cette famille. Dans toute cette noirceur, heureusement quelques personnages viennent éclairer le tableau : les jeunes amoureux Silvère et Miette d'abord, mais aussi le Docteur Pascal, qu'on aperçoit seulement de temps en temps, et puis la vieille Adélaïde, qui, malgré ses défauts, n'est pas mauvaise et m'a particulièrement touchée.
J'ai adoré certains passages, notamment les moments d'intime innocence entre Silvère et Miette, la beauté de l'écriture de Zola qui nous parle de ces instants de pur bonheur au cœur de la campagne provençale, décrite avec tant de subtilité et de précision... Ces passages sont tout simplement sublimes.
J'ai hâte de lire le volume suivant, La Curée !

mercredi 1 avril 2015

Peines de cœur d'une chatte anglaise, de Balzac

Éditeur : Flammarion (poche)
Première publication :1841 (éditions Hetzel)
Nombre de pages : 190
Volume illustré

Quatrième de couverture

En 1840, l'éditeur Hetzel eut l'idée d'un grand livre collectif illustré par le célèbre caricaturiste Grandville : Scènes de la vie privée et publique des animaux. À cette occasion, plusieurs écrivains de renom, parmi lesquels Charles Nodier, Alfred de Musset et George Sand, entreprirent de donner la parole aux bêtes, pour dévoiler des travers tout humains. Balzac, dans ce projet, s'imposa comme le collaborateur le plus fécond : il écrivit, en marge de la Comédie humaine, cinq nouvelles pleines d'humour et d'esprit, réunies dans le présent volume. Le premier de ces récits, Peines de cœur d'une chatte anglaise, relate les amours interdites d'une aristocratique féline et d'un matou sans le sou : on dit que, sous ce masque, Balzac aurait mis en scène sa liaison secrète avec la comtesse Guidoboni-Visconti...
 
Contenu 
 
Une introduction rédigée par Rose Fortassier, suivie de 5 contes de Balzac :
1) Peines de coeur d'une chatte anglaise
2) Guide-âne à l'usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs (précédé d'une notice de présentation)
3) Voyage d'un moineau à Paris, à la recherche du meilleur gouvernement (précédé d'une notice de présentation)
4) Voyage d'un lion d'Afrique à Paris et ce qui s'ensuivit (précédé d'une notice de présentation)
5) Les amours de deux bêtes offerts en exemple aux gens d'esprit  (précédé d'une notice de présentation)
 
Mon avis
 
Balzac a écrit ces contes sur commande de l'éditeur Hetzel en 1840, tandis qu'il rassemblait son œuvre romanesque qui deviendra bientôt La comédie humaine. Il a pris un réel plaisir à écrire ces « petites bêtises » comme il les appelle, et c'est avec le même plaisir que j'ai lu Peines de cœur d'une chatte anglaise, la première nouvelle, plutôt amusante, de ce recueil. Le Guide-âne est assez sympathique aussi, plein d'humour , mais j'avoue avoir un peu plus de mal avec les suivantes. Les notices qui précèdent les nouvelles sont utiles à la bonne compréhension du contexte de chaque conte, et les nombreuses notes ajoutées par l'éditeur à la première nouvelle sont également d'une aide précieuse. Petit bémol : les illustrations (8 en tout) ne concernent en fait que la première nouvelle. Dommage, j'aurais aimé connaître les illustrations de Grandville pour les autres nouvelles... Cela n'enlève rien au texte, et, en conclusion, je dirais que les deux premières nouvelles sont agréables lire, pleines d'esprit, et constitueraient une bonne introduction à l’œuvre de Balzac aux plus récalcitrants, bien que ces petites histoires n'aient évidemment aucun rapport avec La comédie humaine, le style et l'esprit de Balzac sont tout de même là.

mercredi 28 janvier 2015

Pour une nuit d'amour, d'Émile Zola (suivi de l'inondation)


2 nouvelles de Zola publiées en 1882 dans le recueil Le Capitaine Burle, parmi d'autres nouvelles
Éditeur : Gallimard, collection folio
Nombre de pages : 107


Quatrième de couverture

Chaque jour, Julien joue de la flûte pour la belle Thérèse de Marsanne qu'il aperçoit de sa fenêtre. Or la jeune fille ne le regarde pas et l'ignore malgré ses sérénades quotidiennes... jusqu'au soir où elle l'invite à le rejoindre dans sa chambre. Julien se précipite, mais est-il vraiment prêt à tout pour une nuit d'amour ?


Mon avis

J'aime beaucoup Zola, mais je ne connaissais pas encore ses nouvelles. Ce petit livre très abordable (2 euros) m'a permis d'en découvrir deux d'entre elles, et malgré le caractère dramatique de ces récits, je les ai dévorées.
Zola a publié le recueil de nouvelles Le Capitaine Burle en 1882, quasiment en même temps que Nana, le neuvième volume de sa suite romanesque Les Rougon-Macquart (qui en comptera 20 au total).
 
La première nouvelle, Pour une nuit d'amour, raconte l'histoire de Julien, un jeune homme sans charme et simple qui tente de séduire une jeune marquise du nom de Thérèse Marsanne, femme fatale, angélique et pure en apparence, mais qui se révèle démoniaque, manipulatrice et sans cœur. 
On retrouve tous les éléments du naturalisme dans cette histoire courte, notamment la noirceur de la nature humaine et le caractère héréditaire de certaines tares familiales : « Les Marsanne avaient ainsi, dans leur histoire, tout un filon tragique ; des membres naissaient avec un mal étrange, de loin en loin, au milieu de la descendance d'une dignité hautaine ; et ce mal était comme un coup de folie, une perversion des sentiments, une écume mauvaise qui semblait pour un temps épurer la famille. » (page 39)
On découvre le monstre qui se cache dans la peu de la belle Thérèse au fur et à mesure que le récit progresse, on sait que tout cela va mal finir même si on ne sait pas encore comment, et on est pris de pitié pour ce pauvre bougre de Julien, tellement rêveur, aveuglé et intrigué par la beauté de la jeune fille... un récit captivant du début à la fin, avec en prime, bien sûr, la beauté et la finesse de l'écriture de Zola.

La seconde nouvelle, L'inondation, commence comme un beau conte de fée... qui se termine en véritable cauchemar digne d'un film catastrophe. Étant donné le titre, L'inondation, et connaissant Zola, on sait que cela ne peut pas bien se terminer, et on est vite emporté par cette histoire comme dans un terrible tourbillon. La tragédie de cette inondation est si bien contée qu'on s'y croirait presque. Cette nouvelle est elle aussi d'une noirceur effroyable, mais cette fois, le monstre destructeur n'est pas humain, et l'impuissance des hommes face au déchaînement de la nature et à une mort certaine est dépeinte ici avec un réalisme terrifiant.

En conclusion, ces nouvelles de Zola m'ont non seulement donné envie d'en découvrir d'autres, mais également de me lancer dans la lecture (ou relecture pour certains tomes) des Rougon-Macquart dans son intégralité et dans l'ordre chronologique... je risque donc de parler bien souvent de Zola sur ce blog !


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