samedi 3 juin 2017

Louise d'Epinay, de l'ombre aux Lumières, Olivier Marchal

Date de publication : mars 2017
Éditeur : Sutton
Nombre de pages : 536
Genre : roman historique

Quatrième de couverture

« A tout prendre, je m'aimerais assez comme je suis, si je n'avais souvent été malheureuse par ma faute. » À l'aube de ses trente ans, Louise d'Épinay porte un jugement désabusé sur son existence passée : sur sa vie d'épouse, sa vie de mère, sa vie d'amante, sa vie de femme enfin, plongée à corps perdu dans le Paris des Lumières. Quelle faute pourrait-elle se reprocher ? D'avoir refusé le triste rôle que lui assignait sa famille ? D'avoir lutté pour son émancipation intellectuelle ? D'avoir voulu satisfaire ses ambitions, peut-être ? C'est au contraire pour ces raisons qu'il faut l'aimer, comme l'ont aimée Rousseau, Voltaire, Diderot et tous les grands hommes qui ont vécu auprès d'elle. Par sa quête d'un bonheur personnel, par sa volonté de s'accomplir et de maîtriser son destin, Louise n'était pas de son temps. Elle est du nôtre.  


Mon avis

Je suis plutôt déçue par cette lecture, j'ai trouvé l'hisoire en elle-même intéressante, le récit est certainement bien documenté, mais l'ensemble manque de finesse, que ce soit au niveau de l'écriture ou au niveau du personnage de Louise. Certains passages auraient pu se trouver dans un roman à l'eau de rose, et ce n'est pas vraiment ma tasse de thé.
De plus, la première moitié du roman est un récit à la troisième personne, qui ne m'a pas emportée dans l'histoire de cette femme du XVIIIe siècle, je ne suis pas parvenue à aimer le personnage, qui pourtant aurait pu m'intéresser. Cette Louise manque de relief, je trouve que la psychologie des personnages n'est pas assez travaillée, ou alors c'est que je suis vraiment passée à côté...
Et la seconde moitié est pour moi encore plus décevante, c'est une sorte de réécriture plus ou moins inventée du journal de Louise, dont la "vraie" version peut par ailleurs se trouver ailleurs, donc je ne vois pas l'intérêt et c'est un peu une solution de facilité... et puis pourquoi changer brutalement l'énonciation et le genre romanesque au beau milieu du livre ? J'ai également trouvé certains passages un peu longs, des dialogues pas toujours utiles et surfaits, j'aurais aimé un peu plus de descriptions qui, peut-être m'auraient permis de mieux "entrer" dans l'univers mondain du XVIIIe siècle.
En bref, le fond est intéressant, mais je n'ai pas accroché avec la forme et le style.

samedi 11 février 2017

Deux Anglaises et le Continent de Henri Pierre Roché

Première publication : 1956
Nombre de pages : 349
Genre : roman épistolaire

Quatrième de couverture

En Angleterre, au début du (XXe) siècle, au bord de la mer, un jeune Français fait la connaissance d'Anne et de Muriel. Ils forment un trio audacieux et franc jusqu'au jour où l'amour fait tout basculer. Serments, trahisons, hasards sont dévoilés tout au long des journaux intimes et des lettres qu'échangent les deux Anglaises et Claude, surnommé le Continent.  

L'auteur en quelques mots

Il faudrait bien plus qu'un petit paragraphe pour présenter la vie fascinante et romanesque de Henri Pierre Roché, grand collectionneur et critique d'art devenu écrivain sur le tard. Il a notamment contribué au développement de l'art moderne au début du siècle dernier. En plus de collectionner les œuvres d'art, cet homme, qui a inspiré L'homme qui aimait les femmes à Truffaut en 1977, collectionnait aussi, vous l'aurez compris, les conquêtes féminines.
Il est né à Paris en 1879 et mort en 1959 et semble avoir vécu plusieurs vies en une seule. Tous ses écrits en disent long sur sa biographie et Deux Anglaises et le Continent en est un bel exemple, puisque c'est une histoire (très romanesque) tirée de son expérience personnelle réelle.
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur cet incroyable personnage, vous pouvez lire l'article suivant sur Wikipédia, qui est d'excellente qualité : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri-Pierre_Roch%C3%A9.

Mon avis sur ce roman

C'est un roman assez original de par sa forme, puisque la narration est assurée uniquement par les lettres et extraits des journaux intimes des trois personnages principaux. Cette polyphonie permanente tient le lecteur en haleine du début à la fin et lui donne une place un peu particulière de "lecteur-voyeur", qui pénètre l'intimité des personnages en lisant leurs journaux intimes et leur correspondance presque par-dessus leurs épaules et est (peut-être ?) censé prendre position et juger leur comportement parfois surprenant. 
Cette forme permet également au lecteur d'entrer tout naturellement dans un univers à la fois lointain et familier d'une époque révolue et d'une jeunesse curieuse d'expériences qui fait forcément écho à la sienne d'une manière ou d'une autre.
La pudibonderie souvent excessive de Muriel m'a parfois agacée voire ennuyée, mais l'intrigue est rondement menée et le dénouement reste incertain jusqu'à la fin : on espère avec Claude, on le plaint, puis on désapprouve ses comportements, on se demande qui va épouser qui et comment toute cette histoire va se terminer pour chacun des personnages jusqu'aux dernières pages...


jeudi 1 septembre 2016

Le monde d'hier, souvenirs d'un Européen, de Stefan Zweig


Première publication : 1942
Nombre de pages : 506
Genre : témoignage/mémoires, autobiographie

Quatrième de couverture

Le monde d'hier, c'est la Vienne et l'Europe d'avant 1914, où Stefan Zweig a grandi et connu ses premiers succès d'écrivain, passionnément lu, écrit et voyagé, lié amitié avec Freud et Verhaeren, Rilke et Valéry. Un monde de stabilité où, malgré les tensions nationalistes, la liberté de l'esprit conservait toutes ses prérogatives.Livre nostalgique ? Assurément. Car l'écrivain exilé qui rédige ces « souvenirs d'un Européen » a vu aussi, et nous raconte, le formidable gâchis de 1914, l'écroulement des trônes, le bouleversement des idées, puis l'écrasement d'une civilisation sous l'irrésistible poussée de l'hitlérisme... Parsemé d'anecdotes, plein de charme et de couleurs, de drames aussi, ce tableau d'un demi-siècle de l'histoire de l'Europe résume le sens d'une vie, d'un engagement d'écrivain, d'un idéal. C'est aussi un des livres-témoignages les plus bouleversants et les plus essentiels pour nous aider à comprendre le siècle passé.  

Mon avis

Après avoir lu et apprécié plusieurs textes de Sweig (romans et biographies), j'ai eu envie de découvrir ce témoignage que l'on qualifie souvent de testamentaire puisque l'auteur l'a écrit tandis qu'il était en exil au Brésil, et envoyé en France pour publication en 1942, la veille de son suicide. 
Cette lecture fut un véritable coup de cœur pour moi. C'est à la fois une œuvre littéraire et historique ; ce n'est certes pas un roman mais ce livre se lit toutefois comme un roman. Tout comme dans ses biographies, Zweig a ici soigné son écriture et son style (même si je ne puis malheureusement en juger qu'à travers une traduction).
Le monde d'hier, c'est cinquante ans d'histoire européenne racontés par l'un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle. Il ne s'agit pas d'un essai historique, bien sûr, mais d'un récit à la première personne qui raconte dans un premier temps l'époque enchantée et pleine d'espoirs d'avant-guerre, avant l'effondrement et la catastrophe que provoqua la Première Guerre mondiale, puis les tensions d'entre-deux guerres, la montée effrayante du fascisme et du totalitarisme et le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale. Le lecteur est également entraîné dans le monde artistique et littéraire que fréquenta Zweig. 
Un récit multiple, foisonnant, passionnant, qui permet de découvrir Zweig sous un nouveau jour ; un homme affreusement nostalgique des années d'insouciance et d'allégresse qui ont précédé la Première Guerre mondiale, un homme humble et blessé, un grand écrivain devenu un apatride désespéré. Un monde d'hier qui fait malheureusement écho à notre monde d'aujourd'hui...
C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu ce texte exceptionnel, que je recommande vivement.

mercredi 22 juin 2016

Shakespeare, l'espion des âmes, d'Henriette Chardak

Date de publication : février 2016
Nombre de pages : 350
Éditeur : L'Archipel
Genre : documentaire-fiction historique/biographie

Quatrième de couverture

Nombre d’auteurs se sont interrogés sur son identité. Était-il… un aristocrate jaloux de son anonymat ? un Italien ? le « nègre » d’un auteur célèbre ? un collectif d’auteurs ? peut-être même… une femme ? Les spéculations, depuis quatre siècles, n’ont guère cessé d’entourer l’auteur du non moins étrange Hamlet
Henriette Chardak a réexaminé une par une les pièces du « dossier Shakespeare », afin de lever le voile sur les aspects les plus énigmatiques du grand dramaturgique. Aussi célèbre que discret, Shakespeare, nous dit-elle, fut avant tout un homme de l’ombre, caché sous des masques de théâtre, préférant se cacher à la vue de ses contemporains pour les scruter jusqu’à l’âme, tel le plus fin des journalistes de son époque. Il était un humaniste libre-penseur, ce qu’il voulait à tout prix dissimuler à ses « clients » royaux…
Au-delà de sa vie de comédien, de ses fulgurances géniales, de ses amitiés et surtout de ses intrigantes disparitions, cette biographie romanesque s’attelle à l’énigme Shakespeare.

L'auteure

Diplômée des Beaux-Arts et de l'école de journalisme de Strasbourg, Henriette Chardak, journaliste et réalisatrice, a publié des romans : Dépossédée (Presses de la Renaissance, 2006), La passion secrète d’une reine (Le Passeur Editeur, 2013) et des biographies de Kepler, Vésale, Pythagore, Cervantès et Rabelais.

Mon avis

Je m'attendais à un récit biographique, mais cet ouvrage tient bien plus du romaesque que de la biographie, d'où ma déception. Le lecteur est très vite plongé dans l'Angleterre de la fin du XVIe siècle, mais il peut aussi se retrouver un peu perdu dans un contexte historique parfois flou et pas toujours palpable au sein de la narration. Les nombreuses tentatives d'explication du contexte social et géo-politique de l'époque au sein du texte sont trop artificielles et manquent d'habilieté et de subtilité. C'est dommage, ça m'a assez vite agacée. 
Pour ce qui est du style, il n'est pas mauvais pourtant, mais peut-être un peu trop convenu, j'ai souvent eu l'impression de lire un texte documentaire/journalistique "déguisé" en romanesque à l'aide d'artifices trop visibles. On sent bien que l'auteur a fait un véritable travail de recherche sur son sujet, mais je trouve (et cela n'engage que moi) qu'elle n'a pas su l'exploiter de manière assez naturelle, fluide et originale. J'ai trouvé qu'il y avait trop de dialogues, et même si je comprends bien que l'auteure a voulu d'une certaine façon rendre hommage au théâtre et faire de son récit un texte plus vivant, je n'ai pas aimé cet aspect du texte, pour la simple et bonne raison que les dialogues sont souvent trop plats, et qu'on sent bien qu'ils ne sont qu'un prétexte, un moyen de faire passer des informations (historiques la plupart du temps), et cela fait perdre tout réalisme à l'ensemble du récit. L'auteure a pris, à mon goût, trop de libertés pour faire parler et penser Shakespeare (personnage si méconnu même par les spécialistes, justement !) et ses proches, il n'y a vraiment aucune objectivité de la part de l'auteure, et aucune place pour le lecteur de combler lui-même les lacunes sur ce que l'on sait réellement de Shakespeare. J'ai trouvé cela plutôt gênant, surtout pour un livre qui n'est pas présenté comme un roman mais comme une "enquête historique".

J'ai reçu ce livre via Masse critique : merci à Babelio et aux éditions L'Archipel (j'ai d'ailleurs beaucoup apprécié le petit mot personnalisé envoyé avec le livre par la maison d'édition !)

samedi 30 avril 2016

La reine du découpage, d'Odile Lecouteux

Première publication : 2014
Nombre de pages : 158
Genre : récit de souvenirs/mémoires

Quatrième de couverture

Cécile, six ans, n a pas sa langue dans sa poche. Elle vit avec ses parents et sa grande soeur Fanfan dans la coopérative PLM de la commune des Larmes, en Côte d Or, un village triste dans lequel il n y a ni cimetière ni fontaine pour dire « Je ne boirai pas de ton eau ». Avec tendresse, humour, et parfois une certaine gravité, la petite fille décrit ce qu elle découvre et ce qu elle devient, de surprises en épreuves. En ayant su conserver dans ce roman autobiographique la candeur et la vivacité de ses jeunes années, l auteure nous offre un joli découpage des usages, personnes et souvenirs de son enfance, dans un style volubile d une grande finesse, terriblement attachant. 

Mon avis

Tout d'abord, je tiens à remercier les éditions de la Rémanence pour l'envoi de ce livre que j'avais envie de découvrir. C'est le second roman de l'auteure, mais je n'ai pas lu le premier, intitulé Dix jours (éditions Kirographaires). 
Il est important de noter qu'il ne s'agit pas d'un roman, mais d'une sorte de récit fragmenté, forme par ailleurs déjà annoncée dans le titre, La reine du découpage. Il n'y a donc pas vraiment d'histoire, ou plutôt pas de fil conducteur. L'auteure "découpe" et "colle" des morceaux de sa vie, des souvenirs posés dans l'ordre chrnologique comme des photos dans un album. J'avoue ne pas avoir vraiment accroché avec le style un peu abrupt, j'ai trouvé que ce récit manquait de douceur, de poésie. J'ai eu un peu de mal à m'accrocher au début, même si certains passages m'ont captivée, mais j'ai tout de même trouvé plus d'intérêt à la deuxième moitié du récit (c'est-à-dire aux alentours de la page 60) qu'à la première moitié. L'évolution de la petite fille, à travers divers apprentissages de la vie et sa confrontation avec la mort, est très bien montrée. La façon presque imperceptible dont l'auteure fait grandir la petite Cécile au fil du texte est très habile, et le ton que la narratrice emploie tout au long du récit est juste, on entend cette voix un peu double de la petite fille devenue adulte, qui voit le monde avec ses yeux d'enfant, mais toujours couverts par le regard de l'adulte qu'elle est au moment de l'écriture.

vendredi 29 avril 2016

Le poisson-scorpion, de Nicolas Bouvier

Première publication : 1980
Nombre de pages : 172
Genre : récit de voyage

Quatrième de couverture 

Ce pourrait être le récit d'un séjour exotique, c'est le voyage intérieur d'un homme arrivé à Ceylan après un long périple, pour achever le voyage intérieur au bout de lui-même. Le narrateur fait lentement naufrage, enlisé dans la solitude et la maladie, frôlé par la folie. Et là, sous l'œil indifférent des insectes qui se livrent autour de lui à d'effroyables carnages, et des habitants qui marinent dans leur chaleur comme un sombre bestiaire fainéant, l'auteur reconstruit, avec patience et ironie, un monde luxuriant et poétique. Au fil des chapitres, il observe et nous apprend à voir le spectacle mystérieux de ce monde des ombres d'où émergent d'étonnants portraits. Ainsi le lecteur participe à une sorte d'envoûtement dans ce récit bourré comme un pétard d'humour, de sagesse et d'espoir.

Mon avis

J'ai été profondément touchée par ce texte, court mais efficace, dont le style et la force ne laissent pas indifférent. C'est à la fois une introspection et un regard sur le monde, un grand moment de faiblesse raconté avec un merveilleux lyrisme, une poésie tout en finesse, beaucoup d'humour et un brin d'ironie. Ne vous attendez pas à découvrir le Sri Lanka à travers ce texte, on n'apprend au fond pas grand-chose de l'île ni de ses habitants de l'époque à travers Le poisson-scorpion. C'est un récit de solitude pleine de mélancolie et d'espoirs mêlés, où les meilleurs compagnons de l'auteur sont la littérature et les inombrables insectes qui peuplent sa chambre. Après la maladie, la fièvre, l'abandon, les hallucinations, viendra une forme de renaissance. C'est aussi de cette lente métamorphose, ou du moins ses débuts, dont il est question.

dimanche 28 février 2016

Crime et châtiment, de Fedor Dostoïevski

Première publication : 1866
Nombre de pages : 728
Genre : roman

Présentation de l'éditeur (folio)

Seul l'être capable d'indépendance spirituelle est digne des grandes entreprises. Tel Napoléon qui n'hésita pas à ouvrir le feu sur une foule désarmée, Raskolnikov, qui admire le grand homme, se place au-dessus du commun des mortels. Les considérations théoriques qui le poussent à tuer une vieille usurière cohabitent en s'opposant dans l'esprit du héros et constituent l'essence même du roman. Pour Raskolnikov, le crime qu'il va commettre n'est que justice envers les hommes en général et les pauvres qui se sont fait abusés en particulier. « Nous acceptons d'être criminels pour que la terre se couvre enfin d'innocents », écrira Albert Camus. Mais cet idéal d'humanité s'accorde mal avec la conscience de supériorité qui anime le héros, en qualité de « surhomme », il se situe au-delà du bien et du mal. Fomenté avec un sang-froid mêlé de mysticisme, le meurtre tourne pourtant à l'échec. Le maigre butin ne peut satisfaire son idéal de justice, tandis que le crime loin de l'élever de la masse, l'abaisse parmi les hommes.


Mon avis

Il est un peu tôt pour déjà annoncer LE coup de cœur 2016 (il y en aura sans doute d'autres), mais cela faisait longtemps qu'aucun livre ne m'avait autant passionnée ! Crime et châtiment est l'un de ces romans tellement connus et commentés qu'on a l'impression de les avoir déjà lus sans ne jamais les avoir ouverts... Mais je ne regrette pas de m'être enfin laissée réellement emporter dans ce  gigantesque chef d’œuvre de la littérature russe du XIXe siècle ! C'est une lecture captivante, qui, dès les premières pages, invite le lecteur au cœur d'une intrigue bien ficelée, quelque part entre ce qu'on appelle aujourd'hui le thriller psychologique, le roman social, le réalisme et le policier. Cette histoire est sombre, tortueuse, parfois malsaine. On entre quasiment dans la tête du meurtrier, on découvre une multitude de personnages complexes, incroyablement humains (les personnages masculins surtout, les femmes restent plutôt en retrait dans l'histoire et sont assez stéréotypées, mais rien de surprenant pour un roman du XIXe siècle). Meurtre, folie, misère, alcoolisme, déchéance, angoisse permanente... Il règne une atmosphère tragique, tendue, presque saturée, intrigante, voire mystérieuse, si bien qu'au bout d'un moment on ne sait plus vraiment qui est fou et qui ne l'est pas, où s'arrête et où commence la folie, qui est coupable de quoi (tout dépend de quel « crime » on parle), qui est à blâmer le plus, ni qui est le plus misérable de tous. Et l'envie de savoir, de connaître la suite, la fin de cette histoire, ne nous lâche pas du début à la fin.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Thélème pour cette merveilleuse découverte via Masse Critique ! Je précise que j'ai reçu Crime et châtiment via Masse critique sous forme de livre audio, et que la lecture du roman par Pierre-François Garel est vraiment vivante, très agréable à écouter. J'ai essentiellement « lu » ce livre en l'écoutant dans ma voiture, lors de mes trajets quotidiens, mais c'était à chaque fois une déception d'arriver à destination et de devoir par conséquent mettre ma lecture sur pause jusqu'au prochain trajet : je n'ai donc pas résisté à continuer ou terminer certains chapitres en rentrant chez moi en me plongeant dans mon vieil exemplaire papier de chez Folio classique (que je n'avais d'ailleurs encore jamais lu) !

dimanche 3 janvier 2016

L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, de Haruki Murakami

Éditeur : Belfond
Date de publication : 2014
Nombre de pages : 360
Genre : roman

Quatrième de couverture

« Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. » À Nagoya, ils étaient cinq amis, inséparables. Puis Tsukuru a gagné Tokyo. Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans raison. Pendant seize ans, celui qui est devenu architecte a vécu séparé du monde. Avant de rencontrer Sara. Pour vivre cet amour, Tsukuru va entamer son pèlerinage, et confronter le passé pour comprendre ce qui a brisé le cercle.Renouant avec le réalisme onirique de ses débuts, le maître conteur de la trilogie 1Q84 tisse une fable initiatique d'une envoûtante étrangeté, à la mélancolie apaisée.


Mon avis

Habituellement, j'aime Murakami pour l'originalité de ses textes oniriques et son imaginaire particulier. J'aime me perdre dans son univers unique. Or j'avoue avoir été bien déçue par ce roman plutôt réaliste et bien loin de ce que je connaissais de l'auteur. Je me suis même souvent ennuyée dans cette histoire qui traîne un peu en longueur aux nombreuses répétitions, et je n'ai pas réussi à m'intéresser vraiment à la quête de vérité du héros. Ce n'est pas un roman inintéressant, mais trop banal à mon goût. Selon moi, Murakami a fait bien mieux. 
On reconnaît tout de même la « marque » de l'auteur (ce qui m'a donné envie de lire le livre jusqu'au bout malgré tout) à travers l'omniprésence du rêve, le caractère étrange de certains personnages, une réalité parfois trouble et poétique... mais je n'ai toutefois pas été transportée par ce roman comme je m'y attendais.
Cela ne m'empêche pas de souligner que c'est un roman bien construit, comme tous les romans de Murakami, et que la psychologie des personnages est extrêmement bien travaillée.

 

mardi 15 décembre 2015

Claudine à l'école, de Colette

Éditeur : Gallimard
Date de publication : 1900
Nombre de pages : 252
Genre : roman


Quatrième de couverture

« Ces quatre-là et moi, nous formons cette année la pléiade enviée, désormais au-dessus des "grandes", qui aspirons au brevet élémentaire. » Avec Claudine, quinze ans, intelligente, séduisante, très avertie, ses camarades, la flamboyante directrice de l'école et sa jolie adjointe, les deux instituteurs des garçons et quelques autres, nous allons vivre une année scolaire peu banale... Rempli de vie et de sensualité, Claudine à l'école, premier roman de Colette, réunit déjà toutes les qualités qui assureront l'immense succès du grand écrivain. 


Mon avis

Un roman drôle et impertinent qui a marqué le tournant du XXe siècle, avec le  célèbre personnage de Claudine, une jeune fille de 15 ans à la fois attachante et exaspérante, toujours sûre d'elle, méprisante envers les autres, désobéissante, curieuse, insolente, intelligente et inventive, qui évolue dans une école de filles rurale où il se passe bien des choses inhabituelles et contraires à la morale dans le corps enseignant ! 
C'est un récit enjoué et dynamique qui m'a beaucoup amusée, et que je relirai sans doute plus tard avec tout autant de plaisir. Une lecture intéressante aussi d'un point de vue socio-historique, puisqu'il permet de connaître le fonctionnement (quelque peu déformé par Colette, bien sûr) des écoles de campagne de la toute fin du XIXe siècle, ce qu'on enseignait aux jeunes filles, ce qu'on attendait d'elles...
Certes, l'école n'est vraiment plus la même aujourd'hui, mais le roman reste encore très moderne sur certains points, et il y a toujours des Claudine dans les écoles d'aujourd'hui, c'est sûr !
 

mercredi 18 novembre 2015

La terre qui penche, de Carole Martinez

Éditeur : Gallimard
Date de publication : 2015
Nombre de pages : 368
Genre : roman


Quatrième de couverture

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.


Mon avis

Un beau roman polyphonique (à deux voix pour être exacte : celle de la petite fille, Blanche, et celle de son âme qui raconte cette histoire des siècles plus tard) plein d'originalité, d'onirisme, de fantaisie, de poésie, et une écriture fine et sensible. La magie de Du domaine des Murmures est toujours là, mais le récit est moins intense, et les chansons qui jalonnent l'histoire de Blanche m'ont parfois paru de trop, mais ce n'est que mon avis personnel, j'ai pu lire que certains lecteurs avaient aimé cette poésie insérée dans le récit. Ce qui m'a surtout gênée dans cette (tout de même belle) lecture, ce sont les maintes redites : en effets, étant donné que l'histoire nous est contée à la fois par Blanche « petite fille » et Blanche « vieille âme », certains événements sont relatés deux fois, de manières différentes, sous forme de variations. Je comprends le choix de l'auteure, mais cela peut vite ennuyer le lecteur, et j'avoue que j'ai trouvé certains passages inutiles.
Ceci mis à part, je conseillerai cette lecture à d'autres personnes malgré tout, car j'ai passé un très bon moment avec ce roman. Le style est agréable, l'écriture bien maîtrisée, et Carole Martinez sait donner vie à des personnages à la fois attachants et mystérieux. Dès les premières pages, le lecteur est happé dans un univers magique très particulier, quelque part entre le rêve et la réalité, le passé et le présent, le conte merveilleux et le roman historique.

dimanche 8 novembre 2015

Mon bel orage, de Héloïse Combes

Éditeur : Éditions de la Rémanence
Date de publication : 2015
Nombre de pages : 104
Genre : roman

Présentation de l'éditeur

« Rien ne semblait devoir arriver. Rien ne semblait pouvoir exister d'autre que ce brouhaha cotonneux des couloirs, ces bousculades adolescentes chaque heure à la porte d'une salle de classe qu'on quittait, chaque heure, pour une autre salle de classe où tout serait pareil : chaque heure le bruit de troupeau qui s'engouffre puis freine, dérapages de semelles en caoutchouc doublés de grincements de chaises, et ensuite l'ennui, la voix soporifique du prof, l'ennui, la craie blanche qui crisse sur le tableau vert sombre, l'ennui, le néon qui crépite toujours un peu, une gomme qui tombe, le vol métallique d'une punaise qui traverse la pièce et bute sur la vitre, un papier qu'on froisse, un rire étouffé, l'ennui... C'est arrivé pourtant. Dans le préfabriqué de tôle qui tenait lieu de salle de dessin à l'écart des grands bâtiments. Une brèche soudain dans le cœur lourd du géant noir. »

Mon avis

J'ai été séduite par le style de l'écriture dès les premières lignes, un peu moins par cette histoire d'amour entre un professeur quinquagénaire et une jeune collégienne rebelle.
Un homme mûr se laisse entraîner sans grande résistance dans le délit et l'illégalité par une gamine de 14 ans qui le mène par le bout du nez : c'est une histoire de détournement de mineure, peu crédible soit dit en passant, qui relève plus d'une sorte d'étrange fantasme d'une adolescente en quête de liberté et d'amour, et qui ne peut que mal se terminer, on s'en doute bien dès le début.
On a vraiment du mal à aimer cette petite Lolita, et il est (pour moi en tout cas) impossible de s'attacher à cet homme étrange qui tombe amoureux d'elle et qui n'hésite pas (enfin, pas longtemps, et juste pour la forme) à prendre des risques énormes pour être avec elle. Mais on ne juge évidemment pas un livre au statut attachant ou non de ses personnages... Car en effet, ce roman comporte de nombreuses qualités littéraires. Si on laisse de côté l'intrigue qui ne m'a pas vraiment plu (mais ce n'est là qu'une sensibilité personnelle), ce livre est un véritable enchantement en ce qui concerne le style. C'est un récit à la première personne (on se place du point de vue de la jeune fille) plein de délicatesse, de sensualité et de poésie, les mots sont choisis avec soin et c'est là, à mon humble avis, tout l'intérêt de cette belle lecture. 
Je tiens à remercier les Éditions Rémanence pour cette découverte, ainsi que l'auteure elle-même, qui a eu la gentillesse de me dédicacer le livre.

 

samedi 24 octobre 2015

200 drôles d'expressions que l'on utilise tous les jours sans vraiment les connaître, racontées par Alain Rey

Éditeur : Le Robert
Date de publication : 2015
Nombre de pages : 415
Genre : dictionnaire des expressions

Présentation de l'éditeur

Jouer avec les mots pour qu'ils ne se jouent pas de nous. Éclairer les obscurités, lever les couvercles qui font de nos expressions favorites des trésors cachés.

Voilà ce qu'une équipe d'amoureux du langage, animée par Alain Rey, a imaginé pour nous permettre d'« en connaître un rayon » et faire que nous cessions de « ne pas être dans notre assiette ». Quand on se lève « dès potron-minet », on peut reconnaître le minet, mais certes pas le potron. Si les choses se produisent « au fur et à mesure », qu'es aco, ce « fur » ?

La langue française est une richesse, mais c'est aussi une boîte à malice. Déjouer cette malice, ce n'est pas trahir notre langage, c'est l'enrichir, et c'est nous faire plaisir. 200 fois plaisir, par les temps qui courent, ce n'est déjà pas si mal.
Et quand quelques-unes de ces expressions sont pimentées par Stéphane De Groodt, virtuose de jeu de mots, c'est encore plus savoureux !

Racontées par Alain Rey
Linguiste et lexicographe reconnu, Alain Rey est l'auteur de nombreux ouvrages de la langue française et l'un des principaux créateurs des dictionnaires Le Robert.

Avec la participation de Stéphane De Groodt
Comédien de renom, ce natif de Bruxelles est également un funambule des mots connu notamment pour ses chroniques sur Canal+ qui ont donné naissance à ses célèbres Voyages en absurdie (Plon).

Mon avis

J'ai reçu ce livre via Masse critique : merci à Babelio et aux éditions Le Robert ! Ce petit dictionnaire en format poche (ou presque) explique de manière simple 200 expressions plutôt courantes (comme l'indique le titre). Bien sûr, ce n'est pas un livre qui se lit de bout en bout, mais que l'on picore de temps en temps. Le sens des expressions choisies dans cet ouvrage est quasiment toujours connu puisque ce sont des expressions « que l'on utilise tous les jours », mais on en apprend beaucoup sur leur origine, l’étymologie des mots qu'elles contiennent. Tout cela agrémenté de jeux de mots, et de références littéraires et historiques. C'est très instructif, parfois drôle, bien que les (très rares) interventions de Stéphane De Groodt m'ont semblé inutiles et sans intérêt. Je suppose que ces quelques petites remarques de l'acteur sont là pour des raisons de marketing et/ou pour rendre le livre plus ludique, mais personnellement je m'en serais passé, elles n'apportent rien et les articles d'Alain Rey sont largement suffisants. 
Pour chaque expression, on trouve un petit encadré bonus à la fin de l'article : souvent une citation qui permet de lire l'expression en contexte, parfois une définition supplémentaire pour aller plus loin, ou une des fameuses petites « blagues » de  Stéphane De Groodt.
Je reprocherais à cet ouvrage la qualité un peu trop « livre discount » (les pages sont très (trop) transparentes), la présentation vraiment sommaire (quelques efforts de mise en page, quelques couleurs et une présentation un peu plus « design » auraient rendu le livre plus agréable à lire et à feuilleter, plus attrayant). Évidemment, ceci n'enlève rien à la qualité du contenu, mais je trouve que c'est quand même dommage.

dimanche 18 octobre 2015

Travers de route, l'humanitaire cahin-caha, de Damien Personnaz

Éditeur : Rémanence
Date de publication : 2014
Nombre de pages : 198
Genre : mémoires, témoignage

Quatrième de couverture

Des premiers voyages d’un jeune homme curieux au témoignage d’un humanitaire en proie au doute, à l’impuissance et à l’euphorie, ces huit récits relatent des instants marquants d’une vie ordinaire de terrain dans des pays bouleversés (Rwanda, Libéria, Erythrée, Angola, Kurdistan turc, Afrique du sud, Pakistan).
Si certaines anecdotes portent à sourire, les faits vécus ébranlent profondément le lecteur au fur et à mesure que tombent ses illusions ; l’auteur prévenant dès le départ que « voyager, c’est voir le monde tel qu’il est et non pas comme on voudrait qu’il soit ».
Tant dans la force des émotions qu’il véhicule et des réflexions qu’il engage, que dans l’écriture qui permet de les révéler ; Travers de routes est un livre remarquable, de ceux dont les lecteurs resteront imprégnés, irrémédiablement. 

L'auteur (présentation de l'éditeur)

Damien Personnaz est un journaliste, écrivain et géographe franco-suisse. Après des études de géographie tropicale à Bordeaux et de géopolitique à Genève, il devient journaliste dans un quotidien genevois avant de s’engager pendant plus de vingt ans auprès de la Croix-Rouge internationale et de l’UNICEF, en Afrique, en Asie et en Europe. Passionné d’îles lointaines, difficiles d’accès et peu connues, il est l’auteur de Sept oasis des mers (2008) et de Cinq petits mondes (2013). Travers de route est le  premier de ses ouvrages consacré à son expérience humanitaire.

Mon avis

Je remercie les Éditions Rémanence de m'avoir suggéré et envoyé ce livre, que j'ai lu en deux soirées seulement !  
Travers de route est un voyage au cœur de l'humanitaire dans les « pays de l’urgence silencieuse », raconté avec beaucoup de sensibilité et d'humilité. 
C'est un recueil de souvenirs divisé en huit chapitres, et chacun de ces chapitres évoque une mission dans un lieu et à une époque différents : on passe de l'Afrique du Sud en 1978 à l'Inde en 1980, puis au Pakistan, etc. 
De rencontres en rencontres, de pays en pays, l'auteur dévoile avec réalisme, simplicité et finesse, quelques souvenirs de missions effectuées dans les zones les plus pauvres et les plus dangereuses du monde, sans nous épargner la détresse et parfois l'horreur dont il a été témoin et sa propre impuissance face à certaines situations tragiques.
Des récits bien écrits, touchants, sans pathos pourtant, sans idéalisme non plus, qui invitent le lecteur à réfléchir. 
Certaines scènes sont tout de même dures, violentes et font froid dans le dos : pour cette raison, je ne conseillerais pas ce livre aux plus jeunes, ni aux personnes trop sensibles...
 

jeudi 8 octobre 2015

Moderato cantabile, Marguerite Duras

Éditeur : Éditions de Minuit
Première publication : 1958
Nombre de pages : 164
Genre : roman

Quatrième de couverture

« Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? 
- Je ne sais pas. » 
Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final.  
« Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. »

Mon avis

Des personnages mystérieux, troubles et troublants, comme des ombres dans un tableau. On ne sait pas grand-chose d'eux, et pourtant ils nous attirent. On ne connaît même pas le prénom du petit garçon. La mère, Anne Desbarèdes, est profondément marquée par le seul véritable événement du roman : le crime passionnel qui a eu lieu dans le bar juste en-dessous de l'appartement du professeur de piano de son fils. Tous les jours, elle va revenir avec son enfant dans ce bar, où elle parlera des heures durant avec un jeune ouvrier : ensemble, ils réécriront inlassablement, chaque jour, l'histoire des deux amants, la femme assassinée par l'homme, et l'homme devenu fou après son crime. Et sans s'en rendre compte, Anne Desbarèdes sombre lentement dans l'alccolisme. Un récit court aux dialogues brefs, en apparence anodins, où les intrigues entremêlées ne trouveront aucune issue (celle de la relation entre Anne Desbarèdes et le jeune homme, celle du crime passionnel dont au final le lecteur ne saura jamais rien) : un roman sombre sur le vide, sur l'abandon de soi, sur l'ennui et l'échec de deux vies qui ne trouvent pas leur chemin, un roman  qui n'a absolument rien de "modéré et chantant" comme l'annonce pourtant le titre. 
Marguerite Duras établit à travers ce roman un dialogue muet entre son texte, ses personnages et son lecteur. C'est au lecteur de comprendre où elle veut en venir, à lui encore d'essayer d'interpréter tous les non-dits, de pénétrer le texte et de trouver, s'il le veut, une issue à cette histoire. Si peu de pages qui continuent pourtant d'habiter le lecteur longtemps après avoir refermé le livre...

samedi 19 septembre 2015

Maus, Art Spiegelman

Éditeur : Flammarion
Première publication : 1980
Nombre de pages : 296
Genre : bande dessinée, biographie/autobiographie
Prix Pulitzer 1992
 

Quatrième de couverture

Récompensé par le prix Pulitzer, Maus nous conte l'histoire de Vladek Spiegelman, rescapé de l'Europe d'Hitler, et de son fils, un dessinateur de bandes dessinées confronté au récit de son père. Au témoignage bouleversant de Vladek se mêle un portrait de la relation tendue que l'auteur entretient avec son père vieillissant.

Mon avis

Maus est incontestablement un chef d’œuvre de la bande dessinée, réalisé dans les années 1970 et 1980, et publié en 30 langues dans le monde. Certes, on a beaucoup écrit sur la Shoah, les camps de concentration, l'Allemagne nazie... mais rarement sous la forme de roman graphique. Et rarement avec cette pudeur, cette délicatesse et cette justesse que l'on trouve dans Maus.
Art Spiegelman a accompli un travail remarquable sur la mémoire, et rend un hommage touchant à son père à travers cette histoire authentique et terrible, entrecoupée de différentes scènes sur la vie quotidienne du père et du fils, leur difficile relation, le traumatisme toujours visible chez le père. Cet enchevêtrement permet également au lecteur de « souffler » un peu, d'échapper quelques instants au récit des horreurs nazies.
Les dessins en noir et blanc et les personnages représentés sous forme d'animaux (les juifs sont des souris et les nazis des chats (on comprend vite que ce n'est pas anodin !), les Français des grenouilles, etc.) permettent d'atténuer la violence des événements racontés tout en accentuant le côté sombre du récit : c'est un choix particulièrement ingénieux et très efficace.
Je la recommande vivement, même aux lecteurs qui ne lisent habituellement pas de bandes dessinées : elle se lit vraiment comme un roman, et quand on commence, on ne peut plus s'arrêter, jusqu'à la toute dernière page.
Ce livre a beau avoir 25 ans, il n'a pas vieilli et constitue toujours un excellent moyen d'aborder le thème de la Shoah, notamment pour les jeunes (à partir de 15-16 ans).
Maus est une bande dessinée qui ne s'oublie pas, une bande dessinée pour ne jamais oublier.
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